Jacqueline Duhème
Jacqueline Duhème © Radio France / Vincent Josse

Elle est craquante, Jacqueline Duhème, 87 ans, souriante et drôle, une gouaille à la Arletty. Elle a beau répéter qu’elle est « une vieille chose, plus bonne à rien », or elle est tout le contraire : une femme passionnée par le talent des autres.

Sa vie consiste à illustrer des livres, à interpréter en dessins, avec un pinceau, de l’encre, des aquraelles, la prose et la poésie d’auteurs.

Des philosophes comme Gilles Deleuze ou Elizabeth badinter ont fait appel à son talent, des patrons de journaux, mais surtout des poètes du 20è siècle : Eluard, dont elle fut la jeune maitresse ou Prévert qui fut avec sa femme et sa famille, un ami et même, un frère.

Tous ceux qu’elle fait revivre dans ce livre de mémoires et qui lui manquent :

Dans « une vie en crobars », expression qu’inventa Raymond Queneau en voyant le travail de la dame, il lança : « ce sont des sortes de croquis et de bobards !), Jacqueline Duhème se livre. Elle publie en fait son manuscrit, c’est écrit de sa main et ses souvenirs sont ponctués de dessins en couleurs. Outre ses rencontres avec des grands de la littérature ou de la peinture, elle fut l’assistante du peintre Henri Matisse, ou plutot son aide atelier, on se passionne pour sa vie. Car sa vie est touchante et romanesque. Elle aurait pu devenir délinquante mais son talent de dessinatrice l’a certainement sauvée du pire. Quand elle nait en 1927, elle n’est pas une enfant désirée. Sa mère libraire s’occupe peu d’elle, alors l’enfant Jacqueline est baladée de foyers en couvents, de villes en villages. Avant de vivre de ses dessins, Jacqueline a fait plusieurs métiers, bobineuse en usine ou vachère dans le Maine et Loire :

Avec ses aquarelles, des dessins naifs et très colorés, Jacqueline Duhème décrit les villes qu’elle traverse, les habits qu’elle porte enfant, les lieux austères où elle est élevée, les animaux qu’elle découvre à la ferme et qui peupleront ses albums à venir. Le dessin est doux et précis, la mémoire intacte, comme le souvenir d’un grand père exhibitionniste qui disait à la petite fille qu’elle était, « ce sera notre secret ». Avec son destin, celui d’une gamine perdue que son don sauvera de la détresse, tout un siècle revit. Et c’est une femme profondément libre qui se révèle. Parlant franchement de ses amours, de ses amants, de ses amis, de ses voyages. Elle en a fait beaucoup, des voyages officiels pendant 20 ans pour le magazine Elle dirigée par Helène Lazarref. Jacqueline Duhème se plaint d’être foutue or elle travaille encore beaucoup, comme le lui a appris Henri Matisse. Elle travaille par amour de la transmission, comme pour dire merci à la vie.

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