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Limonov
Limonov © Radio France

Limonov, roman d'Emmanuel Carrère (Editions P.O.L)

Il a créé une communauté de lecteurs, Carrère, depuis qu’il s’empare d’autres vies que la sienne : L’affaire Roman, dans L’adversaire , son grand-père, dans Un roman russe … Cette fois, il raconte une vie d’un homme qui a 68 ans, un poète, un écrivain russe, un dissident que les intellectuels français ont beaucoup aimé dans les années 80, parce qu’il sortait du profil classique du dissident avec la barbe. Lui, c’était plutôt le beau mec, sportif, physique de légionnaire, qui écrivait de bons livres autobiographiques sur sa vie mouvementée de Russe exilé à New-York et à Paris. Des intellectuels qui se sont éloignés de lui, parce que ses idées politiques et ses actes leur faisaient peur. C’est un nationaliste qui aime le combat et qui n’a pas hésité à se battre aux côtés de Serbes et à mitrailler Sarajevo, par exemple.

Carrère raconte ce personnage anti politiquement correct depuis les années 50, un personnage qui se peint toujours comme un méchant dans ses récits. C’est un fanatique, un cynique qui trouve à Staline des qualités, avec lequel vous allez vivre une relation complètement passionnelle. Parce que, sous la plume de Carrère, Edouard Limonov est à la fois la figure du bien et la figure du mal.

Quelques exemples. Adolescent, né d’une famille pauvre en Ukraine, il choisit d’être un bandit, parce que bandit, c’est le meilleur moyen d’être un héros, et c’est son but dans la vie, c’est d’être un héros, même s’il faut le payer. Il le paie, souvent. Vous lirez comment on traite les bandits comme Limonov dans les hôpitaux psychiatriques à l’époque.

Jeune homme, il part pour Moscou, il réussit à fréquenter une bande de poètes qu’il admire, ce sont des pages passionnantes sur l’underground moscovite, des poètes qu’il va finalement détester parce qu’ils sont plus célèbres que lui. C’est un jaloux. Par exemple : on est à New-York, Limonov a choisi de vivre là bas avec sa très belle femme de l’époque, Elena. On est en 74, année où Soljenitsyne est expulsé d’URSS. On prête une télé au couple Limonov pour qu’ils apprennent l’anglais, et voilà ce fait notre Edouard Limonov avec son poste de télé.

« Limonov n’aime pas les cultes voués aux autres que lui. L’admiration qu’on leur porte, il pense qu’on la lui vole » écrit Carrère. Et pourtant, même quand ce Limonov est exécrable, même quand il est ce guerrier le couteau entre les dents, ce chef de parti ultranationaliste avec des jeunes au crâne rasé, vous poursuivez la lecture, parce qu’il est hors du commun, il se relève toujours après être tombé très bas (il est entre autres clochard à New-York, valet d’un milliardaire, ou enfermé par Poutine dans une des prisons les plus dures de Russie). On poursuit, parce que le romancier dessine un être qui peut aussi s’avérer l’amoureux le plus tendre, le plus dévoué du monde, ou un homme capable de traverser tout Moscou pour s’occuper d’un ami dont il est capable de dire le plus grand mal. C’est un personnage qui pourrait être un héros dostoïevskien, avec la soif « d’écraser, de vaincre, de charmer ».

Et c’est le talent de Carrère, de dessiner une figure trouble dont il émane une énergie de vie extrêmement contagieuse. Et aussi de parler de lui, Carrère, en creux, derrière l’ombre géante de son anti héros.

Double hommage au cinéaste Blake Edwards

Le festival du film américain de Deauville démarre aujourd’hui, jusqu'au 11 septembre. Une 37ème édition qui rend hommage à Blake Edwards, disparu en décembre dernier.

Le directeur de la cinémathèque française à Paris, Serge Toubiana, revient sur la carrière de ce pilier de l’histoire du cinéma moderne.

La rétrospective des films de Blake Edwards c’est jusqu’au 17 octobre, à la Cinémathèque française, à Paris.

Evénement(s) lié(s)

Festival du film américain de Deauville 2011

Retrospective Blake Edwards à la Cinémathèque Française

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