"Acrobates", au Théâtre Sylvia Monfort, à Paris

Acrobates
Acrobates © Radio France

C’est un spectacle dont il faut peut-être connaître la genèse pour l’apprécier pleinement.

Deux garçons, Alexandre et Mathias, deux circassiens sont sur scène. Ils escaladent un mur avec une souplesse féline, ou se portent, s’enroulent dans une atmosphère sombre (comme leurs vêtements), s'attirent et se rejettent. Il y a, dans leurs mouvements, quelque chose d’inconnu : une réelle performance physique, mais aussi, une virtuosité proche de la danse, beaucoup de sensualité… bercée par une alternance de silences et de musique.

Ces deux-là auraient dû être trois. Mais le troisième a disparu. Il s’appelait Fabrice, Fabrice Champion. Il était plus âgé, il fut leur professeur, mais fut, surtout, un trapéziste de la compagnie des « Arts Sauts », un voltigeur qui, un jour, a percuté un autre voltigeur. Il n’est pas mort, mais il a perdu l’usage de son bassin et de ses jambes, tétraplégique. Courageux et décidé à vivre, il a souhaité proposer, avec deux de ses élèves, un spectacle à trois, en inventant un mouvement à trois, une sorte de concerto pour handicapé et corps valides. Le trio a répété, répété, inventé une forme inédite d’acrobatie basée sur le corps souffrant de Fabrice, une « tétra-danse », comme ils disent.

La caméra du documentariste Olivier Meyrou filmait régulièrement l’ex-voltigeur depuis son accident durant le travail, ou durant les balades de Fabrice.

Acrobates
Acrobates © Christophe Raynaud de Lage / WikiSpectacle

On aurait du voir ce trio en scène, mais Fabrice est mort, lors d’un voyage dans les Andes, le chaman qu’il voulait rencontrer à tout prix lui a donné un breuvage qui s’est avéré mortel. Le spectacle « Acrobates », c’est donc, la vie sans lui. Son souvenir dans la tête de deux élèves, sa force de vie dans le corps de ses jeunes amis. A partir du chemin commencé à trois, voici une évocation de cet homme qui a rendu ces gamins adultes par son charisme, son enseignement, sa force et sa mort. L’évocation passe par leur duo avec l’absent, par la musique et par l’image. Meyrou et l’ancien acrobate Stéphane Ricordel, qui signent ce spectacle, créent un lien entre le plateau et l’écran. Ils convoquent le disparu, comme une image fantôme.

Hommage au disparu, mais plus encore, volonté de le faire revivre, d’inventer par l’image, le son, les corps, ce fameux trio qui devait exister sur scène ; esprit, es-tu là ? « Oui », semble répondre les artistes sur scène, l’esprit si présent, si important, semble-t-il, dans la tête d’un acrobate. « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps saint, la nature équilibrait Fabrice. Elle est présente, aussi, par la projection d’arbres et de verdure, par des sons, on entend l’eau qui coule, le vent dans les feuillages…

Un film existe et complète ce spectacle, du même Olivier Meyrou : « Parade », portrait d’un homme blessé, Fabrice Champion, 39 ans, qui refusait la fatalité en transmettant son art aux élèves, en prenant le pari de vivre, autrement depuis l’accident, certes, mais avec la même urgence, la même intensité.

Acrobates, au Théâtre Sylvia Monfort, à Paris, jusqu'au 19 octobre puis en tournée :

  • Les 7 et 8 nov, à l'Onde, à Vélizy-Villacoublay
  • du 17 au 21 déc, à Béziers
  • du 9 au 10 janvier, à Cavaillon
  • du 13 au 18 janvier à la MC2 de Grenoble
  • du 21 janvier au 23 au Merlan, à Marseille
  • du 31 janvier et le 1er février, le théâtre Louis Aragon à Tremblay en France
  • du 4 au 8 février, théâtre la Passerelle, Gap
  • du 11 au 19 février, le Centquatre, Paris
  • du 4 au 8 mars, le Quai, à Angers
  • du 12 au 15 mars,scène nationale de Besançon
  • du 20 au 21 mars, Dieppe
  • du 27 au 29 mars, Cherbourg
  • du 1er au 4 avril, Antibes
  • 10 au 13 avril, Elbeuf
  • du 16 au 18 avril, TNB, Rennes
  • du 23 au 25 avril, Grand T/Nantes
  • 6 mai, Scène nationale d'Aubusson
  • du 13 au 15 mai, Maison de la Culture d'Amiens
  • sept 2014, Tournée en Ukraine

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