Quelque chose a changé, chez Miossec. Déjà, notre façon de l’écouter.

"Ici bas, ici-même" de Miossec
"Ici bas, ici-même" de Miossec © DR

Première écoute. Vous ne vous arrêtez pas à une chanson, vous, vous laissez bercer. Une chanson, une deuxième, puis trois et quatre et c’est l’album entier que vous écoutez d’un coup, charmé par un léger changement dans la continuité.

La voix est très en avant, elle capte. Et le désespoir propre à Miossec n’est pas plombant, au contraire, même quand il parle de la mort, et il le fait souvent ici, c’est de manière paisible. On reconnaît cet homme qui chante, cet homme fragile qu’il dessine en onze titres : c’est nous.

Le premier titre donne le ton de sa lucidité qui n’est pas larmoyante : « On vient à peine de commencer » fait le bilan d’une vie avec ses haut, ses bas et laisse entrevoir un espoir de vivre encore de bonnes choses . La chanson se termine en disant : « C’est pas fini, on peut encore se raccrocher à la poésie » :

Sans se prétendre philosophe, Miossec pose des questions existentielles : les grandes questions de toujours, certes, la vie vaut elle la peine d’être vécue ? Comment tenir le coup quand on est très sensible ? Pourquoi toujours vouloir ce qu’on n’a pas? Mais ces questions sont toujours bien formulées dans une écriture fluide et poétique (extrait de « On ne se refait pas »).

Miossec, 50 ans en décembre prochain, s’est entouré pour son 9ème disque, le plus épuré, d’une équipe minimaliste. Peut-être parce qu’il a récemment pris du plaisir à enregistrer avec le pianiste de jazz Baptiste Trotignon , la formule « piano voix », il a choisi une équipe réduite.Un musicien chanteur comme lui a été convié à arranger ses chansons, Albin de la Simone , dont on a aimé le disque « Un homme ». La Simone a contribué à cette fluidité.

Au duo, s’est ajouté l’ingénieur du son Jean-Baptiste Brunhes et Brunhes La Simone ont fait en sorte que Miossec chante sans rupture. Les phrases ne sont pas saccadées comme elles pouvaient l’être sur d’autres albums, il est plus dans le récit, avec un chant plus rond, plus doux. Du coup, la voix de Miossec, vingt ans après ses débuts, a une présence nouvelle. On a l’impression d’être près de lui, ce Miossec quasi palpable.

Musicalement aussi, aucune tension, aucune crispation. Il n’y a pas pléthore d’instruments, on les entend, on les identifie. Des cordes, des voix, et Albin de la Simone sur plusieurs instruments, piano, orgue et autres percussions, comme à son habitude.

En studio, il parait que Miossec n’hésite pas à tout chambouler. Il arrive avec une chanson, paroles et musiques. Une fois la chanson arrangée, il décide d’aller chercher une phrase ou deux dans une autre chanson et de remplacer ainsi les mots prévus. Il change aussi un titre au tout dernier moment. Une chanson s’intitulait « C’est pas fini », et Miossec a préféré : « On vient à peine de commencer ». Ca s’appelle faire sa cuisine, et si elle bouscule un peu ses collaborateurs, c’est une recette que les auditeurs d’« Ici- bas, ici-même », savourent.

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