Première rétrospective consacrée à Henri Cartier-Bresson depuis sa mort il y a dix ans

L’œil du siècle, c’est comme ça que son biographe Pierre Assouline appelait Cartier-Bresson. C’est vrai qu’il est, au XXème siècle, le père de la photo, la statue du commandeur.

Henri Cartier-Bresson, Martine Franck, exposition “En France”, Paris, Grand Palais, 1970
Henri Cartier-Bresson, Martine Franck, exposition “En France”, Paris, Grand Palais, 1970 © Radio France / André Morain

Clément Chéroux, commissaire de la rétrospective, propose unregard d’historien sur la carrière et le parcours du photographe . Parcours chronologique et thématique, classique, mais rigoureux. Les premières photos ont jauni, elles sont « vintage », tirées à l’époque où Cartier-Bresson a pris les photos. Toute l’attirance du photographe pour les autres et pour son temps surgissent avec un sens de la composition hérité de son éducation, un goût pour la peinture, le dessin et le surréalisme. Des années 30 aux années 70, époque où il se consacre davantage au dessin, le photographe est partout où l’Histoire se fait. En Inde, à la mort de Ghandi ; en Chine lors du triomphe de Mao, dans la Russie de Kroutchev, et toujours, dans l’urgence, il pense et il pense juste.

Clément Chéroux, le commissaire de cette rétrospective apprécie particulièrement une série de photos prises à Londres dans les années 30, par le grand photographe de l’agence Magnum :

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Mathieu Pernot
Mathieu Pernot © Mathieu Pernot

C’est un photographe passionnant et bien vivant, celui-là. Mathieu Pernot, 44 ans, ne ressemble à personne. La preuve: il était judoka de haut niveau quand il a fait l’école de la photo d’Arles et il a dû convaincre ses professeurs de croire en lui.

Etudiant, en 1995, il choisit un projet atypique : suivre une famille de tsiganes. Il parvient à se faire admettre dans une communauté alors fermée . Naissent au fil de la confiance qui s’instaure des images en noir et blanc et en couleur. La tribu, les enfants, les parents, une pauvreté évidente… Mais ce qui surgit des images, c’est de la gaieté, de la vie.

En grandissant dans le métier, Pernot travaille par séries. Il photographie l’urbanisme : sur un mur de l’exposition, plusieurs immeubles sont en train d’imploser. Ils vont s’effondrer, on est entre « l’avant » et « l’après », le travail porte sur la déformation et la disparition.

Mathieu Pernot
Mathieu Pernot © Mathieu Pernot

Sur un autre, on voit des corps sur le trottoir, enfermés dans des sacs de couchage. C’est beau comme des gisants, mais ce sont bien des humains, à l’intérieur, des Afghans qui dorment dans la rue.

Ailleurs, des cours de promenade, en prison, sont vides et la répétition de ces images en noir et blanc est oppressante. Mais au-delà des thèmes récurrents, l’urbanisme, les lieux d’enfermement, les Roms, ce qui compte, au-delà des lieux de vie, c’est la vie de celles et ceux qui peuplent les villes et qui sont à la marge, l’intensité de leur vie.

Plus loin, la série des « hurleurs » qui, en bas de la prison d’Avignon, appellent les amis ou les proches qui sont incarcérés, les mains en porte-voix.

Mathieu Pernot, d’ailleurs, retrouve un adolescent rom qu’il a connu enfant, à Arles, comme si un fil discret mais ténu s’établissait dans ce travail présenté de façon chronologique et thématique :

A la Maison Rouge, toujours à Paris, vers Bastille, Pernot expose aussi, cette fois en compagnie de l’historien Philippe Artières.

Un établissement psychiatrique de la Manche qui changeait de lieu leur a confié des images, des archives. Ils les présentent de façon à montrer qu’un hôpital psy est aussi un lieu de vie, pas seulement d’enfermement. On y fait des fêtes, des pique-niques, on rit. La photo, dans sa diversité, en témoigne.

Bref, Mathieu Pernot avec son intelligence et son humanité ouvrent les yeux de ceux qui regardent ses images.

Evénement(s) lié(s)

Rétrospective Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Mathieu Pernot-La Traversée au Jeu de Paume

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Site de la Fondation Henri Cartier Bresson

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