Exposition Vivian Maier au Jeu de Paume, château de Tours

C’est une histoire incroyable, un conte de fées, avec sa part de tragédie. On a découvert récemment les photos et les films super 8 d’une artiste inconnue, des photos magnifiques prises dans les années 50, 60, 70 qui rappellent Doisneau, Ronis, Helen Levit et même Diane Arbus .

affiche vivian Maier
affiche vivian Maier © radio-france

Des photos au format carré, en noir et blanc, souvent prises dans la rue, à Chicago : elles montrent des enfants, des pauvres, des ouvriers, quelques bourgeoises agacées par la photographe, beaucoup d’autoportraits aussi.Cette femme, Vivan Maier, est morte dans la misère, à 83 ans, en 2009, sans famille, sans enfant, abandonnant toutes ses archives dans un box qu’elle ne peut plus payer, elle meurt en ignorant qu’elle était une artiste.

Car son métier était de s’occuper des enfants de riches. Elle fut gouvernante, toute sa vie, une nourrice au service des enfants de la bourgeoisie de Chicago.

La photo était sa passion, son obsession. On ne lui connaissait pas d’amis, elle était secrète, austère, féministe aussi, avec une sensibilité de gauche. Vivian Maier aimait observer ses contemporains en les regardant dans le viseur de son Rolleiflex. Images prises pour elle, jamais montrées aux autres.

Quand le box qu’elle louait sans pouvoir régler le loyer a été ouvert, en 2007, les archives de la photographe ont été vendues aux enchères. Un jeune américain a acheté quelques lots en ignorant qu’il mettait la main sur un trésor : il s’appelle John Maloof et possède désormais 90 pour cent du fonds Vivian Maier … Il passe sa vie à s’occuper du développement (il reste 6000 films non exploités), du tirage entouré de spécialistes américains.

L’américaine est morte à 83 ans en ignorant que ses photos allaient être révélées de façon posthume. Ce qu’elle a vu nous apparaît, des années 50 aux années 70. Des enfants rieurs ou en pleurs, des hommes allongés dans la rue, ivres ou pauvres, des visages burinés d’ouvriers, des scènes de rue dans des quartiers chauds (elle allait partout), un chat mort, un fauteuil brûlé, une bourgeoise irritée et, souvent, le visage Vivian Maïer qui surgit dans un miroir. Une tête de maîtresse d’école qui devait lui permettre de se faufiler partout.

Cette femme, amateur en soi, avait un don extraordinaire. Aucune formation technique, on sait qu’elle allait dans des expositions, qu’elle achetait des livres de photos. Pourquoi, avec ce niveau, n’a-t-elle jamais montré ses images ?

Peut-être parce qu’elle était gouvernante, habituée à rester dans l’ombre de ses employeurs, comme l’ont été sa mère et sa grand-mère, toujours au service des autres. Peut-être aussi que le geste photographique lui suffisait. Peut-être y avait-il en elle une forme de névrose qui consistait à photographier de façon compulsive sans qu’il soit nécessaire de voir le résultat, même si beaucoup de films n’ont pas été tirés par manque d’argent (elle est morte dans une précarité totale).

C’est donc le jardin secret d’une femme discrète qu’on dévoile aujourd’hui. Certaines de ses photos atteignent 8 000 dollars.

Question : a-t-on le droit de dévoiler un secret, un jardin secret ?

Peut-on, doit-on tirer ses photos, les interpréter, en son absence ?

Grande, grave et belle question, sans réponse.

De ses archives, de ce work in progress, il reste des milliers de pellicule à développer, d’images à restaurer, à sélectionner et heureusement, tout semble fait dans un total respect de celle qui ne savait pas artiste. On est au début d’un travail. Tant mieux pour nous qui goûtons pleinement son regard, sa sensibilité, sa grande curiosité des autres.

Vivian Maier est aussi exposée dans deux galeries à Paris : "Les douches La Galerie", dans le 10ème arrondissement et la galerie Frédéric Moisan, à Paris, dans le 6ème.

Vivian Maier (1926-2009), une photographe révéléeAu Château de Toursdu 09 novembre 2013 au 01 juin 2014 __ 25 avenue André Malraux – 37000 Tours Tél. : 02 47 70 88 46 Horaires : du mardi au vendredi de 14 H à 18H, samedi et dimanche 14 H 15 à 18 H. Entrée gratuite

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