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Denis Dailleux: Egypte, les martyrs de la révolution

Égypte. Les martyrs de la Révolution - Abdellah Taïa - Photos de Denis Dailleux
Égypte. Les martyrs de la Révolution - Abdellah Taïa - Photos de Denis Dailleux © radio-france

Dailleux vit au Caire depuis longtemps, il photographie le peuple égyptien, les potiers, les marchands, les ouvriers. C’est un portraitiste, un portratiste doux, dirais-je. Les visages d’enfants, d’hommes et de femmes retrouvent leur fierté princière dans son regard, malgré la pauvreté dans laquelle ils évoluent.

Il y a trois ans, le 28 janvier, le photographe se promène du côté de la Place Tahrir. Il assiste soudain à ce chaos auquel personne ne s’attendait, ces jeunes qui avec rien, des batons, des tessons de bouteille défiaient Moubarak et les forces de l’ordre. Des garçons et des filles.

Ce jour-là, Dailleux (qui n’est pas photoreporter) n’a pas son appareil. Mais quand deux jours après, place Tharir, il voit un père faire les cent pas avec la photo de son fils sur son cœur, ce fils dont on n’avait pas retrouvé le corps, il a l’idée d’une série qui rendrait hommage aux victimes en se rendant dans leur famille.

Son assistant égyptien, Mahmoud Farag et lui, rencontrent une vingtaine de familles de victimes que les Egyptiens appellent des « martyrs ». L’assistant fait parler les parents qui ont reçu une maigre indemnité. Ils évoquent leur peine, leur enfant disparu. Les séances sont très émouvantes. Puis, après le récit et les larmes, Denis Dailleux sort son appareil argentique.

La force de son travail est qu’il prend, à chaque fois, trois photos : d’abord, le portrait des parents, ensuite, le lieu de culte du martyr, dans le petit appartement. Ici, la photo d’un fils sur un mug, là, sur un coussin ou l’image du fils posé dans un cadre sur un buffet. Enfin, l’image de ce que la victime voyait de sa fenêtre. Un tryptique, donc, qui informe autant qu’il émeut.

S’il fait un travail politique, le premier de sa carrière, Denis Dailleux convoque inconsciemment les trois genres de la photographie, le portrait, la nature morte, le paysage. A lire les récits des parents, à regarder ces appartements exigus, pauvres, où parfois les détritus sont jetés par la fenêtre, on perçoit de manière plus humaine le besoin qu’avaient ses enfants de risquer leur vien, leur révolte. On est aussi bouleversé quand on lit qu’un grand frère, avec l’argent de l’Etat obtenu quand son petit frère a été reconnu martyr, ce grand frère a construit un « sabil », une fontaine d’eau publique. Et il est écrit dans le livre : « Ainsi, celui qui boira son eau portera dans son cœur un peu de l’âme d’Amhmed, son frère ».

Egypte, les martyrs de la révolution photographies Denis Dailleux textes de Mahmoud Farag et Abdellah Taïa postface Amnesty internationalEditions Le Bec en l'Air

Proch. dispo. le 23 janvier 2014 ### Denis Dailleux, l'exposition

Les martyrs de la Révolution - Denis Dailleux
Les martyrs de la Révolution - Denis Dailleux © Denis Dailleux

Galerie Fait et Cause

58 rue Quincampoix

75004 Paris

Jusqu'au 1er mars 2014

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