Le spectacle "Robin revient, Tsoin tsoin " en ce moment au Théâtre de la porte Saint-Martin, à Paris

Blaise Pascal a écrit : le moi est haïssable… et Muriel Robin n’en a pas grand-chose à faire. Elle n’est pas remontée sur scène depuis 8 ans, alors, si elle le fait, c’est bien pour parler d’elle.

Terminée la succession de sketchs, la co-écriture avec Palmade ; c’est elle l’auteur de sa vie, c’est donc elle, l’auteur de son spectacle. Après 7 ans de dépression, la comédienne va bien, elle le dit dans cette entreprise du « je», ce « festival du moi ».

M Robin
M Robin © Radio France

La Robin d’aujourd’hui rime avec « épanouie » et la Robin du passé, avec « cabossée ». Les deux sont convoquées sur scène. La comique égrène ses souvenirs avec un très subtil alliage « douleur, drôlerie ». Mal aimée par des parents occupés à vendre des chaussures et à gagner de l’argent, elle a grandi à Saint-Etienne dans la peau d’un garçon manqué. Les carences affectives de sa jeunesse ne l’ont pas empêché de devenir une vedette du rire mais elles ont toujours été envahissantes, elles l’ont dérangée, déformée, même, puisqu’à ses débuts dans le one woman show, elle frôlait les cent kilos, avec l’impression dit elle de « grossir en même temps que ses salles » .

Si ce spectacle - narcissique par définition puisque le sujet = sa vie, ses douleurs et ses plaisirs -, touche, c’est que Robin est juste et sincère comme peu de comédiennes. Si la forme du one woman show diffère, plus de sketches mais un récit, l’actrice reste foncièrement la même, énergique comme Jacqueline Maillan, dérivant vers le loufoque. Durant une heure et demie, elle s’autorise des digressions, des moments dingues. Elle s’interroge régulièrement sur les métaphores animalières, « poser un lapin », elle tente de mimer l’expression : « avoir d’autres chats à fouetter »… Imaginez Muriel Robin en train d’essayer d’amadouer le chat pour lui donner en fait un grand coup de fouet, c’est drôle. Elle s’aventure même dans l’interprétation de l’expression « on ne va pas enculer les mouches »… et s’en sort avec le premier prix, là où un Bigard ou un Lagaff auraient peut-être été premier degré.

Robin est une musicienne, avec un sens du rythme impeccable . Elle est un auteur subtil, disciple de Jean Poiré, son maître, maniant l’équilibre entre le drame et l’autodérision, préférant le sensible à la sensiblerie. On rit même sans complexe de l’Alzheimer qui a frappé sa mère parce que l’actrice trouve ce fameux équilibre.

Il y a des nombrils plus intéressants que d’autres. Muriel Robin en est la preuve, elle qui se fiche peut-être de Pascal mais pratique cette formule célèbre : « l’humour, c’est la politesse du désespoir ».

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