Faber le destructeur , de Tristan Garcia

Faber, le destructeur
Faber, le destructeur © Gallimard

On a tous connu à l’école un garçon ou une fille qui nous impressionnait, par sa maturité, par son culot, sa culture, son aptitude à entraîner les autres… Faber, Mehdi Faber, orphelin, élevé par des “tuteurs”, comme il dit est un gars de cette trempe, un meneur, un séducteur, admiré de ses camarades, poursuivant les salauds et les profs injustes, mais aussi avec une face noire, destructrice.

Faber a deux amis, deux disciples fous de lui, Madeleine et Basile, ils forment un trio à l’école et au lycée, dans la ville de province imaginaire de Mornay. Ils sont adultes, quand on les découvre et des flash back les présentent enfants et adolescents, car en tant que fan de séries américaines, Garcia n’a aucun problème pour jouer de l’alternance entre passé et présent, rien n’est chronologique.

Basile est prof de français, Madeleine pharmacienne, Faber a fui il y a longtemps, ses amis lui en veulent, d’ailleurs. C’est un marginal, un quasi clochard qui revient dans la ville de leur enfance. Suspens. Que vient-il faire? Quel mal va-t-il commettre?

Il n’y a pas un seul narrateur, il y en trois. A chaque chapitre, le point de vue est différent

Parfois, Faber raconte son enfance et le souvenir de son influence sur les autres mais aussi de cette part noire en lui qui l’a toujours amené à tout détruire, parfois c’est Madeleine qui s’exprime ou Basile qui décrit ce garcon qui avait toujours une longueur d’avance.

Ce qui intéresse Garcia, c’est de décrire ce personage ambigu, mi ange mi diable, mais aussi de décrire une generation, celle des trentenaires, vivant la crise, subissant la crise, et qui au lycée déjà semblait loin de ce que les ainés leur inculquait, loin de la guerre, loin de mai 68, un peu blasés.

Vous lirez cette scène éblouissante où un vieux resistant vient témoigner de la deportation devant des gamins qui s’ennuient. Garcia ose, il a de l’audace, comme Faber, il parle du monde d’aujourd’hui d’une façon rare, il se lance autant dans fresque générationnelle, sociale et politique contemporaine à partir d’une histoire d’amitié, sans craindre les grands élans, c’est aussi un roman sentimental.

Garcia décrit très bien l’existence de ses personages incapables de quitter cette petite ville de province chloroformée, administrée par un maire de droite. Il parle du bien et du mal sans théoriser, en restant dans le genre qui est le sien, le roman. En fait, il regarde en moraliste la société d’aujourd’hui.

On perçoit une forme de naïveté de sa part, il y a du « Club des cinq » dans son style, notamment dans le désir de vengeance des amis de Faber, mais il y a aussi du Houellebecq, dans sa manière de regarder la société, de décrire différents milieux sociaux à travers les familles des trois personnages, dans le dessin des puissants qui s’en sortent et des gens plus modestes, qui font de leur mieux.

Enfin, il est très pertinent, quand il pose cette question qui nous traverse un jour ou l’autre: grandir, est-ce perdre ses idéaux ?

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