J-7 : déminages en série. J+7 : la loi anti-séparatisme en Conseil des ministres.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un mot : déminage.  

Et atterrissages d’urgence. Au pluriel. 

Ce que dit, et ce que ne dit pas l'article 24, n'a pas été unanimement compris, dont acte." (Christophe Castaner, président du groupe LREM à l'Assemblée, le 30 novembre 2020)

Nous écoutons, nous concertons, nous apaisons !" (Jean Castex, à l'Assemblée nationale, le 1er décembre 2020)

On va retravailler le texte, je prends acte" (Jean Castex, sur BFMTV, le 2 décembre 2020)

Castaner / Castex. Mea culpa en polyphonie. Avant le Président sur Brut cet après-midi. Ce Président qui, en février dernier, reçoit à l’Elysée les députés de la majorité et leur dit : « Soyez fiers d’être des amateurs ! » Sous-entendu : n’ayez pas de complexe, n'écoutez pas l'ancien monde qui a échoué et vous fait la leçon.   

Dix mois plus tard, ce manque de professionnalisme revient en boomerang. « La situation dans laquelle vous m’avez mis aurait pu être évitée », lâche Emmanuel Macron, lundi midi, devant Gérald Darmanin et les cadres de la majorité reçus à l’Elysée.   

L’article 24, abcès à crever, perçu à tort ou à raison, symbole d’un exécutif en abus de pouvoir… Vite, on démine, on efface et on réécrit, pour se remettre d’équerre avec les contre-pouvoirs : législatif et médiatique.  

Atterrissage aussi après les nouveaux couacs du déconfinement progressif. Kafka à la neige, kafka à la messe. Cette semaine encore, il a fallu gérer les incompréhensions et le mur du Conseil d’Etat. Emmanuel Macron incompris : quand il menace de sanctionner les Français qui prendraient un tire-fesse en Suisse, ce n'est pas pour sermonner les Gaulois, mais pour déplorer une Europe mal coordonnée.  

Atterrissage, enfin, sur les retraites : Bruno Le Maire s’est cru autorisé à relancer la réforme. « Ce n’est pas pour maintenant », a dit le Président aux sénateurs avec qui il déjeunait mercredi. Ni pro, ni amateur, juste un peu de sens politique.    

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…   

Mercredi prochain : la grande réforme régalienne du quinquennat en conseil des ministres.  

Notre horizon est simple, c'est d'assurer une présence républicaine au bas de chaque tour, de chaque immeuble. Là où nous avions reculer, il faut revenir." (Emmanuel Macron, le 2 octobre 2020, aux Mureaux)

Discours fondateur des Mureaux, c’était le 2 octobre dernier. Avant que le terrorisme ne frappe à nouveau. Mais ce 2 octobre, la matrice du projet de loi est posée. Le texte rebaptisé : plutôt pour des valeurs, que contre un ennemi. Cela donne : « Projet de loi confortant les principes républicains. » Pas moins de 57 articles, qu'on ne détaillera pas ici : retenez la haine en ligne punie et des pouvoirs supplémentaires accordés aux préfets pour dissoudre les associations radicalisées.  

Trois ans de réflexion, de maturation. Et si, l’été dernier, Gérald Darmanin entre à Beauvau, c’est bien parce qu'il y a cette réforme sur son tableau de bord.  

Sauf que l’article 24 est passé par là et que ses collègues, désormais, seront vigilants sur l’équilibre répression / prévention. Une dizaine de ministres adhèrent à Territoires de Progrès, sorte d’aile gauche qui ne dit pas son nom, et qui se réunira en convention en fin de semaine prochaine. Vigilance électorale. Gagner sur la droite sans perdre la gauche compatible de 2017. « Le président doit y veiller », dit un ministre passé par le PS.   

Après la pétition signée par 180 maires, Jean Castex a fléché 1% du plan de relance, 1 milliard, en direction des quartiers populaires. Gérald Darmanin, lui, joue à fond son rôle. Déjà dans le rebond, le coup d’après, et les 76 mosquées sous surveillance. 

Mais pour l’autre jambe, celle des politiques de la ville, de l’école, de l’égalité des chances, qui sera le haut-parleur ?

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