J-7 : gouverner en temps de fake news. J+7 : manifs pour tout mais... avec moins de monde

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est ce nouveau nuage de Tchernobyl…

Supermensonge ou hypercomplotisme ?

En la matière, nous allons faire la transparence totale." (Edouard Philippe, le 29 septembre 2019, à Rouen)

Que ce gouvernement arrête de prendre les Français pour des imbéciles, en leur disant qu'il contrôle la situation... Alors qu'il ne nous dit pas tout !" (Yannick Jadot, le 30 septembre 2019, sur France Info).

Lubrizol et l’ère toxique du soupçon… Qui enfume qui ? Dans son dernier baromètre « Fractures françaises », l’institut Ipsos mesurait déjà, mi-septembre, cette méfiance généralisée. 10% de confiance seulement dans les partis politiques. 

Un Premier ministre vient respirer l’air de Rouen, un préfet parle. La réaction, c’est « cause toujours »… La vérité est ailleurs. X-Files en Normandie. Et si Chirac était mort exprès pour que les médias ferment les yeux ? Sur les réseaux sociaux, le fil est tiré jusqu’à l’absurde. 

Lubrizol, sujet hyper sensible, car dans cette même enquête Ipsos, l’environnement ressort comme la préoccupation numéro 1 des Français. Tchernobyl, Mediator, AZF… Comment croire l’expert en cravate ? Les torts sont partagés : pourquoi saturer le terrain de ministres à Rouen si eux-mêmes n’ont pas encore toutes les informations. En face, le jeu pervers de l’opposition : Macron vous avait promis un acte 2 écologique ? Voyez comme ça fait pschitt… L’émotion éclipse la raison. 

Raison polluée par d’autres nuages toxiques : Zemmour et son grand remplacement, liberté d’expression ou appel à la guerre civile ? 

Difficile de gouverner par temps de fake news… Il faut poser des cadres, où la parole brute peut être expertisée, passés au tamis. C’est le pari que fait Macron : la transition écologique débattue à partir d’aujourd’hui par des citoyens tirés au sort. La réforme des retraites, amorcée hier soir par un nouveau grand débat. La politique migratoire, discutée lundi à l’Assemblée. Le Parlement, institution refuge face au relativisme mortifère. Mission d’information à l'Assemblée et commission d’enquête au Sénat, c’est surtout là que se dissipera le brouillard Lubrizol.

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent : Manif pour tous… et pour tout ? 

Après les policiers mercredi, les anti-PMA seront dans la rue dimanche. Avant les retraités mardi prochain, à l’appel, notamment, de la CGT.

150.000 manifestants sur toute la France, 166 lieux de manifestations, c'est un bon début" (Philippe Martinez, le 24 septembre 2019, sur BFMTV)

L’optimisme du cégétiste Philippe Martinez, après sa dernière journée d’action, le 24 septembre. 

Mais en privé, les responsables syndicaux sont lucides sur leur perte d’influence. Il faut remonter à 2010, et c’était déjà sur les retraites, pour retrouver des masses supérieures au million de manifestants… Lors des dernières mobilisations fin septembre, qu’a-t-on vu ? 15.000 personnes pour le climat. Quelques milliers de gilets jaunes, infiltrés par des black blocs venus perturber le défilé climatique. Pas de quoi impressionner un gouvernement. 

La tendance de fond, c’est qu’il y a globalement moins de manifestants, mais plus de manifestations. Les mobilisations suivent la courbe de l’individualisation et de la fragmentation des revendications… A la CGT, on le reconnaît volontiers : partout où les métiers s’externalisent, le drapeau ne suit pas ou peu. Parce que là où il y a de l’intérim ou de la précarité, on ose moins se syndiquer. 

Si les manifs sont clairsemées, c’est aussi parce que la violence, désormais banalisée, a un effet dissuasif… Il y a 30 ans, 5% seulement (!) des manifs étaient violentes, d’après le rencement effectué par le sociologue Olivier Fillieule. 

Pour les gouvernants, la menace, aujourd’hui, est moins dans la rue que dans les sondages : la marche anti-PMA n’inquiète pas Emmanuel Macron, la réforme est acceptée. Les retraites, c’est une autre histoire. Tous concernés. Et rien n’est encore cristallisé. 

Mi-septembre, les agents RATP, même peu nombreux, ont montré qu’ils pouvaient bloquer la capitale. Grand débat contre menace de grande grève, ce sera le match politico-syndical de l’automne.  

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