J-7 : la cordée (choisie) des prédécesseurs d'Emmanuel Macron. J+7 : porte-parole du grand débat qui s'achève, un "job" de "dingue".

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est un Président dans la cordée de ses prédécesseurs…

Oui, mais une cordée choisie.

Il a eu la gentillesse de me convier, il n'y avait aucune raison que je refuse, bien au contraire. D'ailleurs, je pense que les occasions de rassemblement sont si rares en ce moment." (Nicolas Sarkozy, le 31 mars 2019, au micro de Yannick Falt)

Nicolas Sarkozy invité dimanche dernier à célébrer la Résistance sur le Plateau des Glières… Et deux jours après, Emmanuel Macron qui participe, avec VGE, à une messe en l’honneur de Georges Pompidou. Ce ne sont pas les forces de l’esprit qu'il convoque, mais celles de ses illustres aînés ! 

Rien de neuf, me direz-vous, pour le plus jeune des présidents français. Il aime convoquer la grande Histoire et s'inscrire dans une lignée. Mais dans le cas présent, ces gestes relèvent aussi de la manoeuvre politique. 

Le 26 mai, les Français votent. Que l'Elysée le veuille ou non, ce sera aussi un test grandeur nature, pour ou contre Macron, deux ans après son arrivée à l'Elysée. Pour virer en tête, Emmanuel Macron a absolument besoin des voix de la droite. Or, cette droite se ressoude - effet Bellamy -, à tel point que Christian Estrosi, longtemps macron-compatible, déclare cette semaine qu’il votera LR aux européennes. 

Et qui ne s'abstient jamais ou très peu ? Les plus de 65 ans, dont la cote d’amour pour Macron dégringole, à cause des retraites et du désordre Gilets jaunes. C’est donc la saison des cartes postales et des piqûres de rappel auprès de cet électoral courtisé. 

Finalement, subir la foudre d’un François Hollande revanchard, comme ce fut le cas pendant 3 jours cette semaine, ça ne peut pas faire de mal à Emmanuel Macron, tant le socialiste agit comme un épouvantail pour l’électeur LR qui doute.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

C’est un « job » de dingue, qui attend le nouveau visage du gouvernement, Sibeth N’Diaye, porte-parole depuis lundi.

Cette marche, je la franchis avec la fierté de servir la France. Elle m'a beaucoup donnée, aujourd'hui c'est à mon tour de le lui rendre." (Sibeth N'Diaye, lundi 1er avril, lors de sa passation de pouvoir avec Benjamin Griveaux) 

Boulot de « dingue », car il va falloir incarner cette mystérieuse sortie du grand débat, dont Emmanuel Macron n’a toujours pas publiquement tiré les conclusions… La semaine prochaine, on n'en sera encore qu'au stade de la synthèse des contributions ! Elle va donc devoir apprendre à meubler. 

Porte-parole, métier à forte pénibilité. Il faut s’oublier pour donner du sens au collectif. Mais quand vos collègues divergent sur l’âge de départ à la retraite ou lancent des ballons d’essai sur la redevance, bon courage ! 

C’est un métier qui fête ses 50 ans, inauguré sous Pompidou. Une fonction qui a le défaut de vous pousser à la langue de bois, mais l’avantage de vous mettre en pleine lumière. 

Et la liste est longue de ceux qui ont décollé après avoir été bon élève : à droite, Nicolas Sarkozy est passé par là, Wauquiez, Pécresse. A gauche : Najat Vallaud Belkacem, Le Foll… Et tiens, Max Gallo aussi, en 1983… Leur point commun : ils ont tous été porte-parole d’un gouvernement… Mais pas de l’Elysée, pas du Président. 

Exceptée la parenthèse Catherine Colonna, les rares tentatives ont échoué : l’éphémère David Martinon (sous Nicolas Sarkozy), l’ex-journaliste Bruno Roger-Petit, victime collatérale de l’affaire Benalla. Il n’empêche, ça manque… Sur le modèle de la Maison-Blanche : quelqu’un(e) qui mettrait des mots sur les silences, un haut-parleur quotidien pour décrypter l’action d’un Président à la pensée… complexe. 

Sibeth N’Diaye n’aura pas ce rôle. L’Elysée est sur le point de recruter une nouvelle équipe de communicants, avec qui il faudra repartir, de zéro. Dommage.

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