J-7 : Emmanuel toujours "hardi" / J+7 : climat, lente ou douce transition ?

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Ludovic MARIN

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est la contre-attaque présidentielle…   

"Emmanuel le Hardi", suite ! Pour reprendre l’expression d’Alain Duhamel.  

Et faites moi confiance (...), nous allons continuer cette stratégie, et d'ici à la fin de l'été, nous aurons proposé à tous les Français adultes qui le souhaitent, un vaccin." (Emmanuel Macron, invité surprise de TF1, le mardi 2 février 2021)

Reprendre la main, renverser la table, quand vous êtes au pied du mur. Figure de style déjà expérimentée au plus fort de la crise des gilets jaunes. Décembre 2018, le climat est quasi insurrectionnel. Et c’est par le grand débat qu’Emmanuel Macron évite l’asphyxie. Dans les salles de fêtes, seul dans le rond central, il mouille littéralement la chemise et reprend contact avec les Français. 

Depuis une semaine, c’est ce Macron-là qui se donne à voir ou revoir, et tente de se poser en remède à la mélancolie. Pasteur a renoncé au vaccin, Sanofi fabrique du Pfizer, Valneva produira d’abord pour les Anglais ! S’il savait ça, De Gaulle se retournerait dans sa tombe… Et l’Europe ? Les 27 ont négocié groupés, mais en retard et sans réels pouvoirs de sanctions.  

Vents de face. Le pays est déprimé ou sceptique. Et vendredi dernier, c'est la surprise du chef ! La France n’est pas reconfinée. Sauver des vies, bien sûr, sauver la vie, aussi. Puis il endosse toute l’accélération opérationnelle. Pas un jour sans que l’Elysée n'appelle et ne communique sur sa riposte anti-Covid. Vaccins, traitements, industriels… Réunionite aiguë, où l'on nous décrit un Président qui met sans cesse les acteurs de la crise sous pression. Jusqu’à promettre un vaccin pour tous d’ici à la fin de l’été. Risque calculé, mais prise de risque quand même. Ça rappelle 2019, après l’incendie : « Nous reconstruirons Notre-Dame en cinq ans. » La mobilisation induite importe autant que le résultat réel.  

Il s'agit de tenir bon sur sa stratégie. Emmanuel Macron n'a plus le choix. L’Europe a montré des faiblesses, mais il est trop tard pour se dédire, surtout qu’en 2022, c’est lui qui sera président, tournant, de l’Union européenne. Accessoirement, à cette date, il sera certainement candidat, aussi ! La contre-attaque de la semaine, c’est aussi pour prendre date : si la crise devait durer, montrer qu’il a tout essayé.  

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…   

De la convention citoyenne au conseil des ministres, Coup d’envoi mercredi pour la loi climat.  

Le pays devrait faire trois à quatre fois plus sur le climat (...), ça n'est jamais une bonne nouvelle quand les citoyens rappellent les Etats à leurs responsabilités" (Yannick Jadot, eurodéputé EELV, conférence de presse du mercredi 3 février 2021)  

Le presque candidat écologiste Yannick Jadot…  Qui commente la condamnation de l’Etat pour inaction climatique. Affaire du Siècle, affaire du quinquennat d’abord ! Le gouvernement a pris en acte, sans broncher, sans chercher à se dédouaner. Parce que c’est la suite qui intéresse l’exécutif : cette loi climat qui doit graver dans le marbre la transition. Avec un visage pour l’incarner : Barbara Pompili. Vous verrez la ministre dans Paris Match, les Allemands la liront dans le Spiegel. Sa mission : à ceux qui critiquent le verre à moitié vide, montrer qu’il est à moitié plein !  

Or, face à l’urgence climatique, on n’en fait jamais assez. Même le Cese, qui a hébergé pendant un an les 150 citoyens, juge sévèrement la loi : les mesures sont « pertinentes », mais « limitées » ou « différées »., conclut le Conseil économique, social et environnemental. Pas assez ambitieuses pour tenir les objectifs de réduction de CO2. Mathématiquement, la baisse de 40% d'émissions de CO2 d'ici à 2030 est difficilement réalisable avec les moyens déployés (elle ont diminué de 20% par rapport à ce qu'elles étaient en 1990, il faut donc faire la moitié du chemin en moins de dix ans désormais ! Et l'Europe vient de rehausser l'objectif de baisse à 55% en moyenne sur tout le continent).

Soit, mais l’idée c’est d’abord de rendre la transition irréversible, de "cranter", explique en petit comité Barbara Pompili. C’est le dernier hiver où vous verrez des pubs pour vous chauffer au fioul. Après le nutriscore, il y aura un carbonescore sur vos emballages. Du bio dans les cantines, moins d’avions dans le ciel… Un changement culturel, ça produit aussi des effets, pas immédiatement quantifiables, plaide le ministère.  

Dit autrement : mieux vaut une transition accompagnée et acceptée, qu’une révolution avortée. Le souvenir des gilets jaunes est encore brûlant. L’autre figure écolo de la macronie, l’eurodéputé Pascal Canfin, met en garde : la loi climat interdira la location des passoires thermiques en 2028. D’accord, mais qui aidera financièrement le propriétaire à se mettre aux normes ? 100.000 logements rénovés chaque année. Il faut en faire 4 plus pour tenir l’objectif. Sinon quoi ? Le spectre d’un marché noir de l’immobilier, deux millions d'offres qui pourraient sortir des radars, tensions sur les prix, et nouveaux gilets jaunes du logement ! Et au final, une transition gâchée, comme elle l'a été sur la taxe carbone. L’écologie punitive tue l’écologie. Est-ce de la frilosité ? Ou du réalisme ? Méditation ouverte à tous, Amish compris.

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