J-7 : privatisation et libre-échange, les mots repoussoirs du débat politique en 2019. J+7 : chantiers d'été à gauche.

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, ce sont deux nouveaux mots tabous en politique…

Privatisation et libre-échange.

Je ne serai pas le ministre qui aura sacrifié l'agriculture française sur l'autel d'un accord international !" (Le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, le 2 juillet 2019, à l’Assemblée)

Extrême prudence de l’exécutif sur le futur traité de libre-échange entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur. « Libre-échange », le mot fait peur… Quand le protectionnisme rassure. Il y a 30 ans, c’était l’inverse ! 

Emmanuel Macron, enfant du libéralisme, obligé de faire de la pédagogie pour défendre les vertus d’un monde ouvert. 

Le malaise fait tache d’huile sur le CETA, le traité commercial Europe / Canada, que les députés doivent bientôt ratifier. Comme si ces projets, initiés à une autre époque, atterrissaient trop tard, dans une société qui ne les comprend plus, notamment face à l’enjeu climatique. 

Même chose avec le mot « privatisation ». A Bercy, on s’arrache les cheveux. « Si on ne faisait qu’écouter les Français, on coulerait le pays », me disait hier un conseiller, groggy devant les 500.000 signatures déjà récoltées contre la privatisation d’Aéroports de Paris… A l’Elysée, on reconnaît que la bataille de l’opinion est déjà  perdue. 75% de Français sont prêts à signer pour le référendum, selon un sondage Yougov pour le Huffington Post. 

Toute la difficulté de l’acte 2 éclate au grand jour. Le bon score des européennes est-il un encouragement à l’accélération des réformes ? Ou un trompe-l’œil qui efface trop vite ce qui est ressorti du grand débat : l’attachement des Français à un Etat protecteur… A la nation. 

Vingt ans d’attente pour le Mercosur, six mois de gilets jaunes entre l’acte 1 et l’acte 2… Le politique et l’art du temps long : comment assumer quand le vent change de direction. 

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

Il y a eu trop de violences entre les gauches, les écologistes, y compris dans la campagne européenne, donc on pense mieux quand on sait écouter les autres." (Christian Paul)

Christian Paul, ex frondeur en chef sous François Hollande. Et organisateur, ce week-end, du premier Festival des Idées. Ça se passe dans la Nièvre à La Charité-sur-Loire. Christian Paul qui se voit en « casque bleu » de la gauche… Premier succès diplomatique demain matin, avec une table ronde qui réunira Manon Aubry l’insoumise, Julien Bayou l’écolo, Ian Brossat le communiste, et Raphael Glucksmann PS nouvelle formule… Ils vont tenter de répondre à la question suivante : « comment sortir le pays du face-à-face Macron / Le Pen ? » 

C’est aussi la question qui taraude la députée Clémentine Autain, elle organisait dimanche dernier son premier « big-bang » de la gauche… 

Il n'y a pas une force hégémonique qui peut dire : alors maintenant tout le monde derrière nous ! Il n'y a pas de caporalisation possible." (Clémentine Autain, députée LFI, le dimanche 30 juin 2019)

Point commun à ces deux initiatives ? Elles contournent et mettent sous pression un Mélenchon qui n’est plus central à gauche… Sa force centripète est devenue centrifuge. La chute des européennes après le sommet de la présidentielle. 

Alors, ça cogite, ça discute, on se réunit, sans Mélenchon. Insoumission aux Insoumis. Les écologistes estiment qu’ils sont le cœur de la recomposition. Les socialistes ont encore l’espoir de se réinventer, c’est le laboratoire Hidalgo à Paris. 

Et au-delà de Mélenchon, c’est aussi la conviction qu’Emmanuel Macron, regardé comme le nouveau champion de la droite, n’a plus rien à siphonner à gauche. 2019 n’est pas 2017. La recomposition à droite rouvre un espace. Reste à l’occuper, avec une pensée, une stratégie, une incarnation. 2022, c'est déjà demain. Chantier colossal. Est-il seulement possible pour cette gauche de tenir les délais ?

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