J-7 : La REM penche à droite aux municipales. J+7 : le temps des commissions d'enquête.

Affiches des candidats pour l'élection municipale à Paris. La reprise de la campagne pour le deuxième tour des municipales a été annoncée. Paris, 22 mai 2020.
Affiches des candidats pour l'élection municipale à Paris. La reprise de la campagne pour le deuxième tour des municipales a été annoncée. Paris, 22 mai 2020. © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas / Hans Lucas

Ce que l'on retient de la semaine, c’est la confusion des fusions aux municipales...

Mariages LR / LR...EM, dans 5 des 10 plus grandes villes de France.

Le vent est en train de tourner [...]. Il semblerait que nous devenions une force d'attraction, je ne vais pas m'en plaindre !" (Aurélien Pradié, secrétaire général des Républicains, le 2 juin 2020, sur France Info)

Partout, [les marcheurs] font, eux, alliance avec les Républicains, voilà un moment de clarification qui était attendu" (Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, le 3 juin 2020, sur France Info)

Gérard Collomb se souviendra longtemps de la bronca des marcheurs après son deal avec Laurent Wauquiez. "Nous préférons perdre une élection plutôt que nos valeurs !" Mais alors, pourquoi avoir laissé se faire la même chose, de Strasbourg à Clermont-Ferrand, de Tours à Bordeaux, en passant par Aurillac ? "Comme si ce parti, à la stratégie illisible, ne contrôlait plus rien", me confiait un historique d’En Marche. 

A moins qu’il y ait une intention cachée : continuer à fracturer l’adversaire, pour siphonner l’électorat LR en 2022. Mais qui fracture qui désormais ? La REM est-elle en position de force ? Quelle utilité si c’est juste pour donner un petit coup de main à la droite juppéiste bordelaise ou strasbourgeoise ? Pour y gagner un vivier d’élus ? Oui, il en faut. Le général De Gaulle a mis 15 ans pour s’implanter localement. 1959, c’était la déroute aux municipales. Mais Emmanuel Macron a-t-il 15 ans devant lui ? Et où est son gaullisme s’il ne fait que suppléer une droite qui lui pré-existait ? 

Le tournant de la relance, la "réinvention", sont annoncés pour début juillet. D’ici là, ça va encore tirailler. A l’offensive de Gérald Darmanin, jambe droite populaire, répondra, ce week-end, dans un grand quotidien, celle de Marlène Schiappa, jambe gauche solidaire. Le "et en même temps" a bon dos, En Marche souffre surtout de scoliose. 

Et dans les jours à venir ?

Noblesse ou revanche du Parlement… Après le Covid, les commissions d’enquête. 

Ce que veulent les Français, ce n'est pas un tribunal, c'est pas qu'on mette telle ou telle tête au bout d'une pique. Non ! C'est tout simplement qu'on améliore les choses et qu'on tire les leçons de cette crise." (le président de groupe des députés LR, Damien Abad, au micro d’Elodie Forêt)

Qui veut sa commission d’enquête, qui ? Le Parlement voit les choses en double. La semaine prochaine, Gérard Larcher lancera officiellement l’initiative, installation le 30 juin, ça c’est la version Sénat. A l’Assemblée, elle débute ses travaux mi-juin. Six mois d’enquête dans les deux cas. 

Après la crise, le législatif reprend à froid le film des événements pour comprendre comment la fameuse "grippette" a provoqué un tel chaos. C’est légitime, utile, c’est la balance des pouvoirs… Mais rien ne serait pire qu’une commission dont on percevrait l’instrumentalisation. 

Car personne n’est naïf dans cette histoire. "Pas de tribunal populaire", dit Damien Abad, mais a minima une tribune politique et médiatique ! C’est très tendance. Déjà 16 commissions créées depuis 2017 à l’Assemblée, en 3 ans… Presque autant que sous tout le quinquennat de François Hollande ! Et je ne compte pas les contre-commissions d’enquête, comme celle des Insoumis, qui a déjà rendu son rapport. 

Dans l’enceinte de la commission, le député d’opposition se métamorphose en procureur : devant lui défileront ministres ou anciens ministres, parjures interdits sous peine de poursuites. L’affaire Benalla fut déjà un mauvais moment à passer pour l’Elysée. Dans l’échelle du drame national, avec le Covid on change évidemment de dimension !

Deux commissions qui viendront percuter les efforts d’Emmanuel Macron pour se projeter vers un horizon plus positif. Ce qui plaide, d’après ses proches, pour une initiative politique forte, beaucoup plus forte qu’un énième remaniement, afin de décoller ce sparadrap du Covid-19.

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