Et ce qu'on retiendra de la semaine, c'est la fermeté de Gérard Collomb sur son texte asile immigration, passé au tamis de la commission des lois.

Qui pense que la solution puisse être une immigration massive vers les pays européens ? (...) Le renoncement en cette matière n'est pas possible. Il peut y avoir par contre un certain nombre d'amodiations, je suis prêt à les étudier" (Gérard Collomb mardi soir à l'Assemblée)

"Amodiations"... Du verbe "amodier" : concéder à quelqu'un une terre, en échange de prestations périodiques payées à son propriétaire. Le choix des mots : Gérard Collomb ne dit pas "amendements", il ne dit pas "réécriture". Sa loi ne doit pas être dénaturée. Fronde interdite. Le groupe La REM vient pourtant de déposer 300 amendements, mais pour un résultat à la marge ! Sur la durée de rétention ou sur l'accès au marché du travail des demandeurs d'asile. 

La réalité, c'est qu'Emmanuel Macron a changé de pied.  Pied gauche pendant la campagne, les réfugiés accueillis par Angela Merkel étaient des "héros". Le contexte politique l'incite aujourd'hui à jouer du pied droit. Cerné à l'extérieur par la poussée populiste en Europe, contraint à l'intérieur par l'axe Wauquiez - Le Pen après l'attentat de Trèbes. 

L'immigration tétanise la classe politique. Dérive sémantique, les mots autrefois réservés à l'extrême droite entrent dans le dictionnaire des partis républicains. 2007 : le ministère de l'identité nationale d'Eric Besson. 2015 : la déchéance de nationalité prônée par François Hollande. 2018 : le droit du sol remis en cause à Mayotte. Juste avant leur congrès, les socialistes se réveillent et ressuscitent le droit de vote des étrangers aux élections locales, promesse de campagne de François Hollande, c'est toujours plus facile quand on est dans l'opposition.

Allez, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...  

La bataille du rail, deuxième round, deuxième semaine.  

La rigidité opérationnelle de la boîte est un problème" (Edouard Philippe jeudi sur France Inter)

Et si c'était la rigidité du langage qui commençait à poser problème ?  La SNCF est donc une "boîte", surendettée... A qui on proposerait de racheter sa dette, mais à la fin de la réforme, pas avant. "Dommage, il fallait faire l'inverse pour envoyer un signal"... Regret exprimé en petit comité par des députés de la majorité. 

Les arguments diffusés en masse sur les boucles Telegram des marcheurs sont chiffrés, documentés, les petites fiches sont parfaites. Mais où est l'humain là-dedans ? Et si on parlait trains, service public, et pas seulement Bruxelles et statut ? Peu de temps après son élection, Emmanuel Macron avait livré ce conseil politique à ses proches : "Le jour où vous tombez dans la gestion, vous êtes mort". 

De ce point de vue, l'entame de match pour Elisabeth Borne n'est pas bonne, elle souffre de la comparaison avec Muriel Penicaud qui avait su faire se parler des camps a priori irréconciliables sur les ordonnances travail. Edouard Philippe a été appelé à la rescousse, les députés de la majorité sont priés d'aller dans les gares. Mais les petites fiches n'aideront pas. Sondage Odoxa du jour : plus d'un Français sur deux demandent au gouvernement de "lâcher du lest". En politique, le ressenti compte autant, si ce n'est plus, que la pure rationalité.

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