J-7 : consentement intermittent. J+8 : semaine mémorielle.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est le déconfinement des couacs…

Trois en une semaine, crise dans la gestion de crise ?

Pas de réouverture [des commerces], Madame, (...) et je ne prends pas ces mesures pour embêter les Français" (Jean Castex, le 2 novembre 2020, sur TF1)

Nous allons réinstaurer un couvre-feu sur Paris, peut-être à partir de 21 heures" (Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le 3 novembre 2020, sur BFMTV)

C'est ça la réalité des hôpitaux, si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici !" (Olivier Veran, ministre de la Santé, le 3 novembre 2020, s'adressant à l'opposition LR, à l'Assemblée)

Dans l’ordre d’apparition, Jean Castex et les commerces, Gabriel Attal et le couvre-feu fictif, Olivier Veran et l’état d’urgence tronqué. 

Tout se passe comme si ce reconfinement, globalement approuvé dans l’opinion (en demande de protection), se mettait à dérailler dans sa phrase pratique. Couac numéro 1 : les petits commerces contre les gros. Couac numéro 2 : trop de monde dans Paris après 22 heures, « mais pourquoi vous parlez sans concerter », se plaignait mardi Anne Hidalgo. Couac numéro 3 : la majorité traîne des pieds sur l’état d’urgence. 

Simples péripéties... Qui ont quand même conduit le Président, mercredi, à demander à son gouvernement et à sa majorité de rester « alignés ». 

Car à la différence de mars, l’opposition n’a plus aucune indulgence. Même Arnaud Montebourg, qui a gouverné avec Emmanuel Macron, le traite de « chanteur de variétés ». "L'obscurantisme bureaucratique et Kafla nous gouvernent", disait-il hier à ce micro.

Sauf que l’épidémie franchit des paliers qui rendent dérisoires les polémiques du palier précédent. Marseille la rebelle, vous vous souvenez ? C'est tellement loin. Puis le "qui est en rouge sur la carte" ? Puis les théâtres, maintenant les libraires. 

Au gouvernement, on encaisse, les yeux rivés sur les courbes de l’Institut Pasteur. « Les Français ne croient que ce qu’ils voient », soupire un conseiller. Bientôt les hôpitaux saturés ? A chaque fois, ce même décalage de 15 jours entre les décisions et la résignation. La France à l’heure du consentement, intermittent. 

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent… 

Et quoi de mieux que l’Histoire, la grande Histoire, pour déconfiner la politique…

De Gaulle nous dit que la France est forte quand elle se tient unie (...), Charles de Gaulle incarne cet esprit français" (Emmanuel Macron, le 17 mai 2020)

C’était le 17 mai, juste après le confinement. Hommage au Général, à Montcornet, bataille oubliée de blindés, dans l'Aisne. « L’esprit de résistance », qui sera une nouvelle fois convoqué, lundi, à Colombey… Année de Gaulle. Le Président vient y célébrer le cinquantenaire de sa mort. 

Une semaine doublement mémorielle. Deuxième et première guerre mondiale, puisque mercredi, Emmanuel Macron sera au Panthéon pour transférer les cendres de l'écrivain combattant Maurice Genevoix. 

Emmanuel Macron affectionne tout particulièrement ce temple laïc. Il y a fait entrer Simone Veil et le 4 septembre dernier, c’est là qu’il célèbre les 150 ans de la République. Cette République qui n’admet « aucune aventure séparatiste ». 

C’était avant que le terrorisme ne frappe à nouveau, à l’Ecole, à l’Eglise, avant que la pandémie n’oblige à reconfiner. 

On dit souvent du jeune Emmanuel Macron, qu’il cherche, à travers ces cérémonies, à se grandir lui-même, à s’inscrire dans une lignée, à définir en creux le « macronisme », neuf et hors-sol. Souvenez-vous, l’itinérance mémorielle dans le Grand Est en novembre 2018, ou même avant cela, et dans un autre registre, Johnny, place de la Madeleine. Quand le corps du Président fait corps avec son peuple. 

Mais trois ans après, ça y est, ce corps est scarifié, les ridules sont devenues rides. Emmanuel Macron n’a plus besoin des tragédies passées et surmontées, il y a le chaos du présent et une responsabilité pour l’Histoire. Vertige des crises. 

« Se serrer les coudes ». Jean Castex n’y arrive pas ou mal sur le reconfinement. Emmanuel Macron peut-il y parvenir en prenant une hauteur historique ? Rappeler aux Français de qui ils sont les héritiers. Les combattants de 14 et le résistant de 40. Passé plus rassembleur et glorieux que ces débats cosmétiques pour savoir si le rouge à lèvres est un produit essentiel.   

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