J-7 : les gilets jaunes, imperméables à la novlangue techno. J+7 : gilets jaunes et immigration, la grande intox alimentée par les pompiers pyromanes RN et LR

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est ce sont d’abord des chiffres et des lettres...

Oui, la langue d’en haut, l'une des causes de la crise que nous traversons.

Il faudra être passé deux ans au-dessus du seuil, pour être frappé par l'augmentation de la CSG." (Edouard Philippe, le 20 septembre 2018, sur France Inter).

Nous constaterons une hausse de 3% du SMIC net" (Edouard Philippe, le 4 décembre 2018, Matignon)

On dirait que la dimension sociale, l'humanité des actions, n'a pas été pensée" (Jean Viard, sociologue, ex-candidat La REM aux législatives, le 4 décembre sur France Inter)

Le parler trop "techno" du Premier ministre, et de toute cette génération au pouvoir, c’est l’un des mea culpa qui revient le plus cette semaine dans l’entourage du Président. Emmanuel Macron, lui-même, a contribué à cette novlangue… Où l’on parle de système "bottom / up", de « classes laborieuses », de « mobilités douces » pour les « transports du quotidien », de « Haut conseil pour le climat »… Concepts abstraits qui mettent une distance, inutile, avec ceux auxquels ces politiques publiques s’adressent. 

Or la politique, c’est l’action par les mots, à condition qu’ils soient compris : Edouard Philippe aurait dû traduire les gains concrets individuels, offerts par les annulations de taxes, plutôt que d’empiler pourcentages et grandes masses en milliards. 

La grande mode désormais, chez les Marcheurs, c’est de dire que la « pédagogie » est un mot devenu méprisant, condescendant, qu’il faut non plus agir « pour », mais agir « avec » les Français. Comme un retour au peuple, version Macron pas Mao... 

Mais avant d’y arriver, encore faut-il parler sans avoir besoin des sous-titres. Et quand l’Elysée et Matignon s’emmêlent les pinceaux sur "l'annulation d'une suspension", on se dit que ce chantier-là est prioritaire pour qui veut continuer à gouverner dans la durée.

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...

Comment redonner du carburant aux gilets jaunes ? C’est simple, en multipliant les fake news sur l’immigration…

Le Rassemblement National exige du Président de la République, qui s'apprête à signer avec une glorieuse inconséquence le Pacte de Marrakech, de renoncer à cet acte de trahison." (Marine Le Pen, le 3 décembre 2018, en conférence de presse à Nanterre)

Marine Le Pen, attendue demain en Belgique, aux côtés de Steve Bannon. L’ex-directeur de campagne de Trump qui rêve de faire imploser l’Union européenne. Comment ? En hystérisant le clivage peuple / élites. En faisant prospérer les théories complotistes les plus folles…

Dernière en date, l’idée selon laquelle Emmanuel Macron s’apprête à « vendre la France à l’ONU », en laissant l’immigration nous « submerger ». Le fameux « grand remplacement » ! Si, si (rires)... Il doit commencer lundi, quand la France va valider à Marrakech la signature d’un texte des Nations Unies sur les migrations. 

Aucun des gilets jaunes connecté à Facebook n’a pu passer à côté de cette intox XXL, comme quoi « l’invasion » serait d’ores et déjà planifiée par une sorte de gouvernement mondial invisible. 

A pleurer de rire ? Non, c’est à pleurer tout court, quand l’observateur que je suis, constate qu’une bonne partie de la classe politique de son pays relaye et amplifie ces fake news. L’occasion est trop belle pour Marine Le Pen de nourrir l’anti-macronisme social par un anti-macronisme sur les sujets régaliens. Les européennes approchent ! Cela n’a pas échappé non plus aux Républicains, Eric Ciotti en tête. La droite réclame un débat au Parlement, car ce texte imposerait un « droit à l’immigration ». 

Or ce pacte n’a rien de contraignant, il constate les migrations économiques et climatiques, et invite les Etats, toujours souverains, à mieux les encadrer, dans le respect des droits de l'homme, pour éviter les conflits. Et en signant, la France se vendrait à l’ONU ? Il y a des gilets jaunes et des leaders politiques qui feraient mieux de porter des casques bleus ! 

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