J-7 : première "dose" de présidentielle. J+7 : excès de collectifs "citoyens" ?

Gestion de la vaccination : Emmanuel Macron sous le feu des critiques de ses opposants
Gestion de la vaccination : Emmanuel Macron sous le feu des critiques de ses opposants © AFP / GONZALO FUENTES

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est 2022 avant l’heure.   

Polémique vaccinale, première dose de campagne présidentielle.   

Dites nous la vérité ! Combien de doses ont été commandées ?" (Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, sur France Inter, le 5 janvier 2021)

Le retard pris ne sera jamais rattrapé" (Emmanuel Grégoire, premier adjoint PS à la mairie de Paris, sur France Info, le 5 janvier 2021) 

"Fiasco" logistique, "faillite" bureaucratique… Une semaine de « mots doux » adressés à Emmanuel Macron. Signés Xavier Bertrand ou Anne Hidalgo, par la voix de son bras droit. J’aurais pu rallonger la liste avec Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Yannick Jadot…  

Leur point commun : tous construisent une candidature à l’élection présidentielle et savent qu'Emmanuel Macron sera jugé sur sa gestion de crise. Rater la campagne vaccinale, c’est faire une croix sur un deuxième mandat. Les adversaires guettent le point faible, et quand il y en a un, tout le monde se rue sur la faille, dans un copier-coller qui finit par être caricatural.   

Car juste avant Noël, la stratégie vaccinale, prudente, faisait globalement consensus. Jusqu’à l’effet Mauricette ! La comparaison par le compteur vaccinal mondial. Le déclassement est une angoisse insoutenable pour tout dirigeant politique, surtout quand on a passé 2020 à célébrer De Gaulle et déclaré la guerre au virus.  

Mais dans ce concert de « j’accuse » (et de postures), le message essentiel disparaît, brouillé. Il n’y a pour l'instant pas assez de doses pour tout le monde. D’où la priorité pour les plus fragiles. Alors si chaque élu local réclame « ses » doses pour « ses » habitants (et la surenchère a commencé cette semaine), adieu cohésion et confiance. Un remake des masques, version vaccins, c’est ce que redoute l’Elysée. Y compris à l’échelle européenne : les 27, et en particulier l’Allemagne (en campagne électorale), continueront-ils à jouer collectif ? Garder le contrôle, dans un pays fatigué, l'hiver sera long pour l'exécutif.   

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…   

Le recours aux citoyens déjà passé de mode ?    

Un collectif de citoyens sera aussi mis en place pour associer plus largement la population" (Emmanuel Macron, le 24 novembre 2020)

C'est du foutage de gueule, franchement ! Et là on met 35 citoyens pour faire croire qu'on fait un peu de démocratie ? Non." (Yannick Jadot, eurodéputé EELV, le 4 janvier 2021, sur Radio Classique)

L'écologiste Yannick Jadot, lundi sur Radio Classique, et cette archive d’Emmanuel Macron : la création d’un collectif sur la politique vaccinale, annoncée le 24 novembre dernier.  

On a beaucoup parlé en 2020 des « 150 » de la convention climat… On ne parlera pas autant des 35 du collectif vaccins. Pourtant l'agenda s'accélère : fin du tirage au sort ce week-end, et première réunion de travail prévue samedi 16 janvier. 50.000 numéros de téléphone ont été appelés au hasard par ordinateur, pour retenir 35 personnes selon leur âge, géographie, diplôme, métiers, etc. Et un critère de plus : sur une échelle de 1 à 5, êtes-vous plutôt pro ou anti-vax ?   

La convention climat était sous-représentée en climato-sceptiques. Cette fois le Cese (le conseil économique, social et environnemental), qui héberge le collectif, veut veiller à l’équilibre des forces. 

Mais là encore, ce qui était salué avant Noël est déjà conspué ! Le conseil scientifique le réclamait ce collectif, le patron du PS Olivier Faure aussi ! Aujourd’hui, de gauche à droite, on dénonce un « gadget », un excès de prudence coupable de l’exécutif. A-t-on encore besoin d’un outil de démocratie directe au moment où il faut accélérer ? Même les sondeurs jugent l'échantillon non représentatif.  

Alors comité Théodule mort-né ? Non, « thermomètre » utile, répond le gouvernement. A l’Elysée, on le voit comme un « relais » contre le populisme sanitaire. Pour faire comprendre, de l’intérieur, pourquoi il y a des priorités dans la vaccination, pourquoi la logistique n'est pas si simple.  

Problème : les parlementaires auront beau jeu de dire que c’est leur rôle de représenter la nation. Et puis, entre conseil scientifique, task-force vaccins, haute autorité de santé, conseil d’orientation de la stratégie vaccinale... On s'y perd ! Qui écoutera encore les « 35 » ? "Faites vous vacciner", a redit Oliver Veran hier soir. Le débat est déjà clos.

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