J-7 : querelle sur la responsabilité des décideurs en temps de Covid. J+7 : la gauche se déconfine à tout-va.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un débat irresponsable.

Un élu devra-t-il répondre de ses actes en temps de Covid ? 

Il faut tout de même que les personnes que vous allez amener à prendre leurs responsabilités soient protégées, car elles prendront un risque" (Philippe Bas, sénateur LR, le 5 mai 2020)

Nos concitoyens ne veulent pas non plus que les décideurs s'exonèrent de leurs responsabilités" (Edouard Philippe, le 5 mai 2020, devant le Sénat)

Passe d’armes entre le Républicain Philippe Bas et Edouard Philippe lundi soir au Sénat. Amendement paradoxal porté par la droite… Mais soutenu aussi, en dehors du Sénat, par des dizaines d’élus marcheurs, qui ont pétitionné en ce sens la semaine dernière. Souvenez-vous, septembre 2018, offensive groupée des 3 grandes associations, AMF, ADP, ARF, maires, présidents de départements et de régions, réclamant à Macron Jupiter une nouvelle décentralisation, un pouvoir réglementaire à l’échelon local… Et les mêmes, 18 mois plus tard, veulent changer la loi pour se protéger face aux plaintes qui pourraient surgir en cas de nouvelles contaminations ! Donnez-moi des pouvoirs, mais sans les contraintes qui vont avec… Etrange et contre-productif ! La chambre haute veut protéger les maires, mais ce faisant, elle les affaiblit vis-à-vis de leurs administrés… Car comment faire confiance à son représentant, son patron, son N 1, s’ils n’assument plus le poids de leurs décisions ? 

Edouard Philippe a vu rouge, Nicole Belloubet, la garde des sceaux, a embrayé… Et à l’Assemblée, hier soir, la majorité a élaboré une tentative de compromis avec le Sénat. Pas touche à la loi Fauchon, qui régit depuis 20 ans –et ça fonctionne- la responsabilité des élus : engagée seulement si la faute est intentionnelle et en cas de manquements délibérés aux obligations de sécurité. A ceci près qu’y serait ajoutée la ligne suivante : « l’analyse se fera sur la base des connaissances scientifiques et des moyens disponibles AU MOMENT des faits. » Pas de justice anachronique, c’est salutaire quand on sait à quel point les procès peuvent survenir des mois, voire des années après les faits. Et qui est l’auteur de ce compromis ? Une ancienne juge d’instruction, aujourd’hui députée Modem, Laurence Vichnievsky. La balle est dans le camp des sénateurs. A l’heure où les maires sont en première ligne, il serait curieux de vouloir les infantiliser. Ils sont majeurs et donc… responsables.

Allez, Yael, on se projette sur les jours qui viennent ?

Et si le confinement avait porté conseil, à gauche gauche… 

Commençons chez nous en France, on peut peut-être donner les premières notes de la symphonie mondiale de demain (Nicolas Hulot, mercredi, sur France Inter)

L’appel de Nicolas Hulot : une initiative parmi beaucoup d’autres. Difficile, d’ailleurs, de s’y retrouver tellement ça va foisonner. Demain après-midi, l’ex-socialiste et eurodéputé Emmanuel Maurel est en meeting numérique, le mot d’ordre : « déconfinons le débat ». Mercredi, un autre appel va émerger sous la plume de l’ancien ministre PS François Lamy, pour converger vers une candidature commune des gauches en 2022… On pourrait mentionner aussi le « bloc de la transition » lancé par l’écologiste Julien Bayou, le « festival des idées » de Christian Paul, reporté à l’automne, le « Big bang » de Clémentine Autain… 

Car il n’échappe à personne que le compte à rebours est enclenché. A peine 18 mois utiles pour être en ordre de marche en 2022. En temps normal, les écuries présidentielles se seraient naturellement mises en route, mais en pleine crise, les cartes sont rebattues, les états-majors contournés, des thèmes et des personnalités passés de mode sont réhabilitées ! On pense à Arnaud Montebourg. 

L’opposition à la réforme des retraites et à la privatisation d’ADP avaient déjà scellé quelques retrouvailles, mais dans l’après Covid, on change d’échelle, l’espace qui s’ouvre est immense. Lundi, les communistes manifesteront sous les fenêtres d’Olivier Veran pour réclamer la gratuité des masques, symbole de cette protection qui s’impose comme le thème majeur de 2022.  Même Jean-Luc Mélenchon, dans El Pais, dit avoir abandonné le « choc frontal » pour une opposition constructive… Mais comment et avec qui ? Yannick Jadot dit qu’il faudra « remplacer » Emmanuel Macron. Par qui ? La gauche n’est jamais en mal de projets, mais souvent en panne de leader. Les idées et les tribunes circulent activement, le virus de la désunion nettement moins, gare à la deuxième vague.

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