J-7 : Un Président qui perd le fil en voulant le renouer. J+7 : du bonnet rouge au gilet jaune, syndrome fiscal.

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est d'abord la grande marche, contrariée, d’Emmanuel Macron sur les routes du Grand Est et des Hauts de France.…

Itinérance ou errance mémorielle ? Un Président au contact, "régénéré" comme en campagne, nous dit l'Elysée, et qui boxe contre les vents adverses... Mais quel sens donner à ces petites vidéos ? Ces caméras braquées sur lui en continu jusqu’au "clash" inévitable et attendu ? 

Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron ne s’est pas planqué. On l’a cru au début de la semaine, quand il enchaînait les déjeuners à huis clos avec les élus. Ça faisait aussi partie de son opération reconquête. Six jours qu’il est sur la route, personne ne peut lui refaire de procès en "bunkérisation"… 

Le signal est fort, à condition de ne pas le brouiller. Or, cette itinérance est devenue fourre-tout… Le message initial de l’Elysée, c’était à la fois célébrer la mémoire de la Grande guerre, il y a 100 ans, et réveiller l’espoir dans ces territoires aujourd’hui victimes de la mondialisation. Mais le Président s’est lui-même égaré dans ses déambulations plus ou moins rugueuses… 

Mardi, il annonce la panthéonisation, audacieuse, d’une génération toute entière, femmes et hommes de la France combattante, « ceux de 14 » si bien racontés par Maurice Genevoix… Macron en cohérence avec sa volonté de redonner du sens au roman national, en célébrant les « héros du quotidien ». Deux jours après, il s’abîme et trébuche, tout seul, en improvisant, en réponse à un journaliste, sur le « grand soldat » que fut Pétain. Fonction oblige, on doit se poser et peser les mots avant d’aborder un sujet aussi sensible, Trop risqué de réagir en 40 secondes au débotté. 

L’Histoire, matière sensible et inflammable. Comme les carburants… L'autre sujet perturbateur de cette itinérance, et qui oblige le Président, pour compenser, à improviser une boîte à outils encore floue et forcément incomplète. Le pétrole, Pétain, les élus à reconquérir pour les futures élections, la Grande et la petite histoire… Emmanuel Macron a voulu renouer le fil, il a surtout perdu son fil conducteur.

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...

Des bonnets rouges aux gilets jaunes…

Vous savez, il y aura dans quelques jours une grande manifestation, sur l'écotaxe, nouvelle gabelle des Temps modernes. On est dans le temps des tempêtes, possible que quelques portiques tombent ici ou là... Ce carcan devient insupportable" (Christian Troadec, maire de Carhaix, 27 octobre 2013) 

La voix du bonnet rouge Christian Troadec, il y a presque cinq ans jour pour jour, annonçant la grande manif de Quimper… A l’époque, le gouvernement avait un interlocuteur hostile mais identifié. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : opposition et colère gazeuses, insaisissables, récupérées par les partis anti-Macron. 

Alors comment le gouvernement va-t-il se comporter le samedi 17 novembre ? « Quand il y aura blocage, on débloquera mais sans être va-t-en guerre », dit Matignon. Et la question qui n’est pas réglée, c’est celle des compensations, quand et combien, trouver la pommade qui ne contredise pas la trajectoire fiscale anti-carbone du gouvernement. 

Avec cinq ans de recul, le gouvernement Philippe revit le même syndrome fiscal que le gouvernement Ayrault. Quand la raison ne suffit plus face à l’émotion, quand la cohérence macro-économique (le pouvoir d'achat s'améliore) se heurte au ressenti et au ressentiment micro-économique. Alors, oui, le gouvernement veut et va lâcher du lest… Mais quand on en est à chercher des rustines, c’est qu’il est trop tard. Commentaire d’un hollandais historique, qui a bien connu ces automnes de jacqueries fiscales : « On s’en sort toujours mal, c’est irréparable. » Impuissance du politique à se faire entendre sur l’impôt… ça mériterait un séminaire avec Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.