J-7 : Macron et Philippe s'inspirent de la droite pour reprendre la main. J+7 : le défi épistolaire du Président.

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez, Yaël, ce n'est pas le retour à l'ordre, mais celui du parti de l'ordre. 

En réponse à l'ultra-violence, l'utra-fermeté... Edouard Philippe, un 20h, une loi, comme sous Nicolas Sarkozy.  

Je crois qu'aujourd'hui, si on veut faire en sorte que ceux qui ne sont pas d'accord avec une mesure puissent le faire pacifiquement dans la rue, je crois qu'il faut faire évoluer notre droit et compléter une disposition législative dans notre droit." (Le Premier ministre, lundi 7 janvier, sur TF1)

Et dans ce nouvel arsenal, un splendide copier-coller, si si...  La reprise du texte adopté au Sénat, à l'automne, par Les Républicains. Le plan anti-casseurs de Bruno Retailleau. Et depuis un mois, c'est flagrant, les emprunts au logiciel de la droite sont légion. Souvenez-vous du déjeuner Macron / Sarkozy, début décembre. Juste après, on a vu ressurgir les heures sup' défiscalisées. Recyclés aussi, les chèques carburants de Xavier Bertrand en région Hauts-de-France. Et dernièrement, Eric Ciotti, dont Jean-Michel Blanquer reprend l’idée de sanctionner les parents d'ados délinquants. 

Vous me direz, Edouard Philippe, il a participé à la création de l'UMP ! Depuis 2017, Emmanuel Macron a soutenu l'augmentation des budgets Défense et Intérieur. Peut-être, mais c'est le signe d'un pouvoir secoué, qui cherche à reprendre la main par le retour à l'ordre, "les Français le réclament, on n'a pas le choix", insiste Matignon. 

Un copier-coller plutôt bénéfique, dans les sondages : +5 points pour Macron, +7 pour Philippe, selon l'institut Ifop. Justement grâce à un regain dans l'électorat âgé, de droite, qui retrouve ses fondamentaux anti-chienlit. 

Allez Yaël, on se projette sur la météo à 7 jours... 

La plume, et le masque, du grand débat. 

Bonsoir ! Le projet du candidat François Mitterrand : il s'agit d'une lettre, que le Président a écrite de sa main. Elle sera publiée demain matin sous forme d'encart publicitaire dans plusieurs journaux de province et plusieurs quotidiens parisiens." (Hervé Claude, JT du 20h d'Antenne 2, le 6 avril 1988) 

Mitterrand jouait sa réélection. Pour Emmanuel Macron, c’est différent. Avec sa Lettre aux Français, il cherche le second souffle, l’acte 2, d'un quinquennat qui n'en est même pas à sa mi-temps. Et ce souffle, c'est le débat. Dernier souffle si les Français le boudent ou le boycottent. 

D’où l’importance de ce courrier mobilisateur, dont on sait peu de choses. Publication au plus tôt dimanche matin, réseaux sociaux et presse. En cours d’écriture. Inspiré des remontées de terrain de ses ministres via sa messagerie Telegram. 

Ses proches l’ont mis en garde : « écris simplement, des phrases courtes, oublie ton lyrisme ».  Le cahier des charges, c'est de donner envie d’entrer dans le débat. Cela signifie s’adresser aux 75% d’électeurs qui n’ont pas voté pour lui au 1er tour en 2017. Convaincre en quelques mots que ce débat n’est pas une diversion. Qu’il y aura bien un cadre, mais qu'à l'intérieur du cadre, tout sera sur la table. Dire qu’il ne peut pas y avoir de tabou sur l’ISF si on ouvre le chapitre fiscal. Montrer que ceux qui animeront ce débat et filtreront les propositions seront 100% indépendants. Et qu’enfin, ce sera utile car il y aura une promesse de résultats, un débouché politique, référendum pourquoi pas. 

Si la lettre coche toutes ces cases, « ce sera déjà un bon début », disent ses proches, lucides. Bouger, prendre des risques, retrouver l’esprit de la grande marche… En puisant auprès des maires, échelon politique encore respectée (il en verra beaucoup ces prochains jours), l’énergie des premiers de cordée. C’est fou comme ce langage et ces formules paraissent déjà usées.  Premier défi, épistolaire, pour Emmanuel Macron : faire que les Gaulois ne soient plus réfractaires mais volontaires pour débattre. Juste débattre. Ce sera déjà ça.

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