On retiendra de cette semaine la bataille qui reprend de plus belle sur la réforme des institutions...

Et attention, Nicolas, lapsus !  

Le gouvernement devrait pouvoir mener plus rapidement les réformes qu’il juge prioritaires (…) et ce sans opposition… sauf opposition" (Nicole Belloubet, 9 mai 2018, après le conseil des ministres)

"Sans opposition", le Parlement irait évidemment plus vite...  Ce n'est qu'un lapsus bien sûr,  mais La République en Marche flirte avec une forme feutrée d'antiparlementarisme. Vous avez entendu les ministres critiquer le "poujado-castrisme" de Jean-Luc Mélenchon ? Du poujadisme, il y en a aussi dans la manière dont les macronnistes bousculent le vieux monde parlementaire. 

Mais gare à la petite musique qui s'installe dans le pays... Les parlementaires font trop d'amendements, ils seraient trop nombreux ! Un par département ça peut suffire, et tant pis si la circonscription devient géante ! Et puis ils ont des avantages, rendez-vous compte ! Y compris pour payer leurs obsèques s'ils décèdent... Les parlementaires, "cheminots" de La République ! Réformons leur statut ! Je caricature, mais c'est ce qui finit par imprimer dans l'opinion, et La REM en rajoute, alors qu'il y a déjà beaucoup de défiance envers les élus. C'est pour ça qu'Emmanuel Macron n'a pas peur du référendum en cas de blocage avec le Sénat. 

Mais il y a un versant positif de la réforme, sur lequel il ne dit jamais rien ! Moins de députés, c'est pour leur donner plus de moyens pour travailler, pour qu'ils contrôlent mieux l'exécutif...  Un contre-pouvoir, ça ralentit, mais c'est utile, c'est noble, et ça serait bien aussi, de temps en temps, de le rappeler, pour ne pas décourager les vocations.  

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...  

C'est la saison des anniversaires, mardi prochain, le Premier ministre aura un an...  

Je sais, alors même que vous êtes un homme de gauche, et que je suis un homme de droite, que nous avons l'un pour l'autre de l'estime. J'ai moi aussi une pensée pour ceux qui constituent des exemples (....), ce qui nous permettrait d'aboutir à un équilibre au fond très français, peut-être violemment modéré, mais à mon avis terriblement conquérant." (Edouard Philippe, passation de pouvoir avec Bernard Cazeneuve, Matignon, 15 mai 2017)

"Je suis de droite", clame Edouard Philippe, mais d'une droite orpheline d'Alain Juppé, son mentor, sorti de l'Histoire par la petite porte des primaires. Edouard Philippe, "l'OPNI" ! Objet politique non identifié. Sans parti fixe, à la tête d'une majorité dont le patron s'appelle Emmanuel Macron. Objet politique mal identifié... Au début, il a souffert d'un sérieux problème de notoriété, confondu avec Gérard Philippe dans certains sondages !  

Mais ça c'était l'an dernier. Il y a désormais un style, un flegme, un ton, une méthode Philippe. Des dossiers qu'il s'est appropriés, les 80 km/h, des décisions qu'il a endossées, Notre-Dame-des-Landes, la réforme de la SNCF. Du haut de son mètre 94, Edouard Philippe a encore grandi ! Il n'est plus seulement la marionnette de Machiavel Macron pour fracturer la droite... 

Sans famille politique ? Seulement en apparence... Car il a son agenda secret, une vingtaine de grands élus le retrouvent une fois par mois, à son invitation à Matignon : des exilés de la droite LR, comme lui, Christophe Béchu maire d'Angers, Benoist Apparu maire de Châlons... Un réseau qu'il cultive, et dans lequel il se dit que La république en Marche ne sera pas éternelle, qu'un jour, il faudra construire autre chose, dans une France qui penche à droite. Car "la poutre travaille encore", son expression favorite. Edouard Philippe, on en parle pour Paris, pour les européennes, pourquoi pas Bordeaux. Sa réponse : Matignon, rien que Matignon ? Sauf que les Normands sont "violemment modérés" et "conquérants"... Ce n'est pas moi, mais lui qui le disait, il y a un an, en écho à Bernard Cazeneuve et au moment où ce dernier quittait la scène. 

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