J-7 : un faux-plat et de vraies difficultés. J+7 : la dynastie Le Pen se déploie en Europe.

La plateforme du grand débat national accessible en ligne
La plateforme du grand débat national accessible en ligne © Radio France / Jérôme Collin

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est le faux-plat du grand débat…

Oui, l'escape game du grand-débat, ça commence dès lundi, par une vraie difficulté, la synthèse. 

Les questions rattachées à chacun des thèmes nous ont paru plus problématiques, du fait de leur formulation extrêmement binaire (...). Nous considérons que son hypermédiatisation [par Emmanuel Macron] a pu nourrir le doute sur la nature et l'objectif du grand débat national." (Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement, lundi 8 avril 2019, au Grand Palais à Paris, lors de la synthèse)

Nadia Bellaoui met des mots justes sur les limites de l’exercice. Le peuple est introuvable… Les ministres se félicitent de la participation, mais qu’est-ce qu’un échantillon représentatif ? Un sondage est-il moins fiable qu’une consultation où diplômés et jeunes retraités ont été surreprésentés ? A contrario, est-ce que le peuple, ce sont les gilets jaunes qui s’expriment sur d’autres plate-forme et « veulent du soleil » comme l'a filmé François Ruffin ? Et si l’élection était l’unique forum pour mettre tout le monde d’accord ?

Deuxième leçon de la semaine : les marcheurs ont horreur du vide… Dans les faux-plats, chassez le clivage gauche / droite, il revient au galop ! Puisque le Président se tait, il y a lutte d'influence pour gagner son arbitrage. L’aile droite est organisée, l’aile gauche se cherche, mais s’expose à l’ire d’un Premier ministre qui a du mal à faire oublier ses origines. 

Enfin, troisième leçon : ce faux-plat permet à la campagne européenne d’exister, un peu… Mais bientôt le Président va parler : nouveaux chantiers, réactions en chaîne dans l’opposition… C’est d’ailleurs pour ça que La REM ne publie pas son programme. Le service après-vente du grand débat risque de primer sur l’enjeu européen. Blitzkrieg jusqu’au 26 mai : une élection européenne ? Non, un référendum qui ne dit pas son nom, sur l'acte 2 du quinquennat.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

La grande saga familiale…

Les divergences politiques sont profondes et elles le resteront. L'aspect politique ne se réglera pas (...). Mais je me réjouis que l'on arrive sur la voie de l'apaisement dans notre relation familiale." (Marine Le Pen, le 3 juillet 2018, sur RTL).

Marine Le Pen, qui s'exprimait deux jours après la réconciliation de Montretout. Pour ses 90 ans, le patriarche avait réuni ses trois filles. 

Jean-Marie Le Pen qui fera ses adieux, mardi, au Parlement européen, après quasiment 35 ans de mandat… Inspirateur sulfureux de nombreuses droites extrêmes à travers le continent… Lui le député poujadiste qui vota contre le traité de Rome en 1957. 

Un passage de relais symbolique, père / fille. Puisque la veille, lundi, c’est Marine Le Pen, toujours à Strasbourg, qui dévoilera son projet. 

L’Europe, dont parlera aussi Marion Maréchal, la nièce. Ce sera jeudi au forum économique de Yalta, une sorte d'anti-Davos, colloque parmi les plus prisés dans la Russie de Poutine. Marion Maréchal qui préfère le conservatisme au populisme (elle le dit dans Valeurs Actuelles cette semaine) et hésiterait même à voter Bellamy le 26 mai ! 

On résume : des adieux (Jean-Marie), un test vers 2022 (Marine), une tentative pour être un recours (Marion). La dynastie Le Pen se déploie de l’Alsace à la Crimée. 

Ce qui ne veut pas dire qu’elle brille, cette dynastie… A l’échelle de l’Europe, c’est Matteo Salvini qui a les cartes en main. L'Italien veut fédérer les souverainistes, créer un groupe unique au Parlement européen. Le 18 mai, Marine Le Pen participera à l’un de ses meetings à Milan. 

Les deux s’apprécient, entre eux c’est même l’Europe des smileys ! Parce que lui ne parle pas bien français, et elle ne parle pas italien… Donc vive les émoticônes… même si des petits dessins n'ont jamais fait un programme commun.

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