J-7 : OpenLux sous les radars. J+7 : comment conclure le quinquennat.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est une bombe passée sous les radars.  

Le Luxembourg, « boîte noire » fiscale, enquête en plusieurs volets publiée depuis lundi dans le Monde. Une quarantaine de familles, parmi les plus riches de France, y mettent leur patrimoine à l’abri ! Et ça donne une toute petite question au gouvernement, mardi, à l’Assemblée. 

Quand une ritournelle répète qu'il faudra payer la dette liée au Covid, il faudrait d'abord arrêter la concurrence fiscale entre pays européens ! " (Le député communiste Fabien Roussel, mardi, à l'Assemblée)

QAG du mardi : au patron du PCF, Bercy répond que ses services luttent sans relâche contre l’évasion fiscale… Et puis, et puis ? C’est tout. Indifférence générale ou presque. Le Luxembourg, paradis fiscal, blanchisserie mondiale ? C’est plus gris, plus complexe que ça. 

Depuis 2014 et le premier scandale LuxLeaks, la pression, européenne notamment, a fait bouger les lignes. Le secret bancaire n’existe plus. La pratique des rescrits fiscaux, ces taux d’impositions avantageux négociés au cas par cas pour attirer le client, a nettement diminué. Et c’est grâce à une directive européenne votée en 2018 que nos confrères ont pu mener leur enquête, puisqu’elle oblige chaque Etat membre à publier l’identité de ceux qui possèdent des sociétés sur son territoire.  

Mais ces progrès n’ont pas fait sauter le coffre-fort. Les montages financiers, légaux, sont toujours plus complexes. En épluchant les registres, le Monde a découvert que seules 40% des grandes fortunes françaises domicilient leurs résidences fiscales dans l'hexagone. Malaise. 

Mais le Luxembourg est notre allié diplomatique : on se souvient des années Juncker, toujours en soutien quand Bruxelles se plaignait des dérives de nos finances publiques. Notre petit voisin fait travailler 120.000 de nos frontaliers. Que serait la Lorraine post-sidérurgie sans le Grand-Duché ? Même les gendarmes font parfois leur plein de l’autre côté de la frontière.  

Realpolitik fiscale ? Sans doute. Mais alors, où est passé le Président du grand débat et de la lutte contre l’évasion fiscale ? A quoi bon supprimer l’ISF si le tout le monde reste bien au chaud, au Grand-Duché ? Les gros s’arrangent, les petits regardent les milliards passer. L'autre séparatisme, fiscal, sujet toujours explosif à l’approche de la présidentielle. 

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…   

Hé, Nicolas, qu’est-ce qu’on vote après le Covid ?  

Nous aurons des jours meilleurs, et nous retrouverons les jours heureux, j'en ai la conviction" (Emmanuel Macron, allocution du 13 avril 2020)

Pour l’instant, le pari du non-reconfinement est tenu. La vie politique suit son cours : les députés votent mardi la loi contre les séparatismes, et le projet de référendum arrivera mercredi en commission, référendum pour inscrire la protection du climat dans la constitution. L'agenda est à peu près calé jusqu’en juin, mois de césure, les régionales, les dates des 13 et 20 juin sont quasi gravées dans le marbre. 

Mais le deuxième semestre est une page blanche. Or, le parcours d'une loi, c’est 7 mois de délai en moyenne. Tout juste ce qu’il restera de temps utile avant la présidentielle. D’où l’effervescence en ce moment dans les ministères, ça se bouscule pour savoir qui aura sa place pour son texte. Arbitrage final à l'Elysée. Emmanuel Macron sait qu'il est crucial de bien négocier le dernier virage d'un quinquennat : il a vu déraper François Hollande sur la loi travail. Et ça ne plaide pas donc pour un nouveau tour de chauffe sur les retraites ! 

Car ce qui ressort des réunions autour du Président, c’est la nécessité d’apaiser. Grande inquiétude sur le contrecoup économique à venir en septembre. Après le soutien aux trésoreries, il faudra voler au secours du capital des entreprises. "On va vers des nationalisations temporaires", m'a confié un responsable de la majorité.   

De la place ? Il y en aura pour deux grands textes, pas plus. Celui d’Eric Dupond-Moretti et sa justice de proximité, tient la corde. Celui de Brigitte Bourguignon sur la dépendance apporterait de l’oxygène au pouvoir d’achat des Français, mais il coûte cher. Plutôt du « feel good », donc, résume un ministre, à condition que fin de mandat rime avec fin d'épidémie. Happy end ? Pour l’instant, c’est une prière, pas une prévision.

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