J-7 : le sursaut européen, l'autre effet secondaire du Covid-19. J+7 : les nouvelles frontières politiques d'Emmanuel Macron.

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un autre effet secondaire du coronavirus…

« Ce virus qui n’a pas de passeport », mais que l’Europe ferait bien de contrôler.

Toutes les mesures non coopératives au sein de l'Union européenne sont contre-productives" (Emmanuel Macron, le mardi 10 mars 2020, après avoir discuté en visioconférence avec ses homologues européens.

Il y a eu retard à l’allumage, mais ça y est : dix mois après une élection qui a vu le RN arriver en tête en France, le coronavirus provoque un sursaut chez les pro-européens, chauffés à blanc, qui plus est, par un Trump plus xénophobe que jamais. Comment rester indifférent aux appels aux secours venus d’Italie ? « C’est le moment ou jamais pour l’Europe de se faire aimer », me confiait un ministre. 

Mais comme souvent avec Bruxelles, il y a construction et frustration européenne. L’Europe n’a pas ou presque pas la compétence santé. C’est du ressort des Etats ! Il y a bien deux commissaires sur le pont, une chypriote à la Santé, un Slovène à la gestion des crises. Mais pour l’instant, on retient surtout les dessins d’Olivier Veran. Bruxelles fait avec les moyens du bord. Les 27 se sont mis d’accord sur la définition des protocoles, la remontée des cas, le partage de la recherche, plus de 100 millions d’euros engagés, c'est déjà ça. 

Et si le coronavirus accélérait cette Europe-là ? Aujourd’hui, chaque peuple peut comparer ses hôpitaux, se consoler ou se désoler. Mais les réflexes étatiques ont la vie dure. L’Autriche filtre les voyageurs venus d’Italie, la Slovaquie se barricade, et c’est la Chine qui fournit à Rome 2 millions de masques. 

C’est peut-être ce qui manquait hier soir dans l’allocution d’Emmanuel Macron, un mot pour son voisin. Car les gaulois ne sont plus réfractaires au traitement de choc italien. 

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…

Météo politique incertaine… Indice de confiance très très faible.

Rien ne se passe comme il est prévu (...). Il faut toujours penser qu'il va se produire des événements (...) qui ne permettent pas de tout programmer." (François Hollande, le 23 mai 2016, sur France Culture) 

En écrivant son allocution, peut-être Emmanuel Macron a-t-il pensé aux "leçons du pouvoir", de celui qu'il a servi à l'Elysée : François Hollande, archive de mai 2016. De l’imprévu en politique. 

Qui aurait imaginé une élection municipale percutée par un virus ? Qui aurait imaginé, à l’automne 2015, un attentat terroriste au Bataclan à trois semaines des élections régionales ? Ce sont dans ces moments-là qu’un Président, sous la 5ème République, peut en appeler à « l’union sacrée ». 

Tout le monde a retenu de François Hollande, quand il parle au Congrès à Versailles, la déchéance de nationalité. Mais il y avait aussi l'éloge, comme hier soir, de l'Etat Providence. Il faudra dépenser plus pour se protéger, disait Hollande : « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». Au diable les dogmes budgétaires européens. 

Avec Emmanuel Macron, même registre : je vous protégerai du virus, "quoi qu’il en coûte" (c'est répété trois fois). Le coronavirus, « game changer » de la mondialisation. Et si c’était aussi une bascule dans le quinquennat ? « Les cartes sont rebattues », disent les conseillers du Président. 

L’élection municipale est maintenue, mais c’est presque dérisoire aux yeux d’un Président qui l’enjambe et se projette bien au-delà. Avec cette question : jusqu’où est-il prêt à renverser la table ? S’il faut protéger les plus fragiles, les réformes des retraites ou de l’assurance-chômage, voire les privatisations, sont-elles conformes au nouveau Macron en gestation ? Celui qui, mitterrandien, en appelait hier soir à « la France unie ».

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