J-7 : le tournant de l'exécutif pour vider les ronds-points. J+7 : le grand débat, mode d'emploi

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est l’ascendant pris par l’exécutif sur les gilets jaunes…

Oui, après plus de trois semaines de flottement au sommet de l’Etat.

Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies (...). Mon seul souci, c'est vous." (Emmanuel Macron, allocution télévisée, le 10 décembre 2018)

Treize minutes à 10 milliards d'euros, qui ont commencé à renverser la vapeur. Un « tournant » ! A L’Elysée, on ne veut pas se renier, on veut préserver la cohérence initiale du quinquennat, alors on préfère le mot « accélération ». Accélération de la dépense publique. Le prix de l’urgence sociale, décrétée devant 23 millions de téléspectateurs, record absolu… Mieux qu’un mondial !

Et dès le lendemain, des sondages qui montrent tous une « désescalade » dans le soutien au mouvement : l'idée selon laquelle il faut savoir arrêter une grève, refrain repris partout, sauf chez les Insoumis.

La deuxième lame qui affaiblit les gilets jaunes, c’est Strasbourg. Priorité à la lutte anti-terroriste : message repris, là aussi, à droite et à l’extrême droite. L’ordre plutôt que le chaos. Vent de face pour les gilets jaunes. Leur bruit numérique est toujours aussi fort, le bruit politique, nettement plus faible. Avant l’acte V, l’exécutif aura réussi à cliver, entre jaunes vifs radicalisés et jaunes pâles prêts à négocier. 

Une semaine de bascule, donc. Mais un virage périlleux. Coûteux pour les finances publiques. Clivant pour la majorité, entre sociaux et libéraux. Depuis lundi, la France a vu que son Président n'était plus infaillible. Leadership européen contesté, crédibilité entamée, chute dans les sondages. Quant à l’attentat, il a ajouté l’urgence terroriste à l’urgence sociale. La fièvre jaune retombe, elle n'est pas guérie.

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...

Un budget à refaire, et un grand débat, depuis le temps qu’on en parle, à organiser…  

Il nous faut intégrer ce qui va ressortir du grand débat national... Alors comment tout ça va se caler ? A l'heure où je vous parle, je ne le sais pas." (Richard Ferrand, France Inter, le 13 décembre 2018)

Et bien nous non plus, Richard ! Richard Ferrand, président de l’Assemblée, c’est encore flou… Mais ça doit démarrer lundi. 

Deux mois et demi pour prends le pouls du pays, du gilet jaune au col blanc, du maire au délégué syndical… Un épais cahier de doléances à remplir, sur l’impôt, l’écologie, les services publics, la citoyenneté, et l’immigration.

Bon courage à celle qui va l’organiser, ce débat, car à cette échelle et sur autant de sujets, c’est inédit ! Bon courage à qui ? A l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Chantal Jouanno, c’est elle qui préside la Commission Nationale du Débat Public… ça ne vous dit rien, Nicolas ? Et c’est bien normal. 

Cette commission, c’est une autorité indépendante. Elle travaille dans l’ombre, depuis 95, pour éclairer et orienter les décideurs publics. Par exemple quand il s’agit d’enterrer les déchets nucléaires à Bure, ou d’évaluer un projet de mine d’or en Guyane… A chaque fois, c’est elle qui s’y colle, avec une centaine de relais en région. 

Et il est toujours utile de l’écouter. Tenez, regardez, le 30 juin dernier, conclusion d’un débat organisé sur la politique énergétique : attention au risque de « jacquerie fiscale » sur les carburants… Conclusion prémonitoire ! 

On comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron veut s'en servir. Bien plus efficace qu’un porte-à-porte de marcheurs. Et très éclairant pour ajuster le cap à l’approche des européennes. C’est pourquoi le mot "immigration" figure aussi dans le cahier des charges, au chapitre citoyenneté. Certains y verront la patte de Nicolas Sarkozy, avec qui le Président a déjeuné la semaine dernière. Faux, d’après son entourage, c’est la réalité qui s’impose : sur les ronds-points, on entend le cri de ralliement frontiste « On est chez nous »… A cinq mois des élections, Emmanuel Macron, polytraumatisé, ne veut plus, ne peut plus se permettre de faire une campagne hors sol. 

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