J-7 : acte 2, des oppositions qui jouent "pour l'instant" les seconds rôles. J+7 : Macron se pompidolise

 Le Premier ministre Edouard Philippe prononce son discours de politique générale à l'Assemblée nationale le 12 juin 2019
Le Premier ministre Edouard Philippe prononce son discours de politique générale à l'Assemblée nationale le 12 juin 2019 © AFP / Alain Jocard

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est un acte 2 qui commence sans opposition ou presque.

Dur, dur, de retrouver du souffle après les européennes. 

Le rapport de force est lourdement défavorable pour nous, la suite du combat s'annonce donc pour nous, dans des conditions très dures, nous les assumerons." (Jean-Luc Mélenchon, le 12 juin 2019, à l'Assemblée nationale)

Un Jean-Luc Mélenchon, toute en humilité, mercredi, pour répondre au discours de politique générale d'Edouard Philippe. Depuis deux ans, l’insoumis rêvait de déferlante anti-Macron sur les Champs-Elysées… C’est un échec, mais il ajoute, « pour l’instant ». 

Car « pour l’instant », l’exécutif déroule son acte 2, sans rencontrer de grande résistance. Car « pour l’instant », les oppositions sont balkanisées. On se croirait presque, alors que la REM n’est arrivée que 2ème aux européennes, dans un état de grâce post-présidentiel ! 

La réalité, c’est que l’exécutif profite à fond de la 5ème République : la photo politique de l’Assemblée date de 2017 et ne reflète pas les nouveaux rapports de force. Edouard Philippe peut verdir sa politique, disserter sur sa conversion… En face, mercredi, il n’y avait pas d’écologistes historiques pour lui répondre. Balayés lors des législatives il y a deux ans. 

Et que dire des Républicains et de leurs 248 parlementaires ? Tantôt dans l’opposition frontale, version Jacob à l’Assemblée. Tantôt dans l’abstention méfiante, version Retailleau au Sénat. 

Le RN ? Il vient d’essuyer un échec au Parlement européen. Le super groupe souverainiste qu'on nous avait promis, fait pschitt avec 73 eurodéputés, moins que les Verts !

Alors, la voie est libre ? Les gilets jaunes, un lointain souvenir ? Il y a pourtant des paradoxes et du grain à moudre. Des chômeurs précaires qui se demandent s’ils ne feront pas frais de la réforme de l’Unedic… Des retraités qui se demandent s’ils pourront encore partir à 62 ans sans subir une décote. Et tous ces non-dits d’Edouard Philippe sur les économies à venir pour financer la baisse des impôts. 

Jean-Luc Mélenchon a raison : une démocratie sans opposition, ce n’est pas sain. Mais il faudra bien plus qu’un RIP pour jouer les premiers rôles dans l’acte 2.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

Devinette : Edouard Philippe l’a cité parmi ses modèles… Qui suis-je ?

J'ai été pendant vingt ans le collaborateur le plus proche du Général De Gaulle, c'est pourquoi je n'ai de leçon de gaullisme à recevoir de personne !" (Georges Pompidou, conférence de presse, le 27 septembre 1973) 

La voix de Georges Pompidou. Elu Président le 15 juin 1969. Ça fera 50 ans demain. Des expos, des livres, un colloque pour raviver la mémoire du gaulliste des Trente Glorieuses… Et qui sera au centre Pompidou jeudi prochain, pour ouvrir la conférence ? Un certain Emmanuel Macron ! Nicolas Sarkozy fera la clôture, et VGE interviendra. 

Tiens, tiens… Bien sûr, rendre hommage à un prédécesseur, cela fait partie des figures imposées. Mais, il fait plus que ça, Emmanuel Macron : il a assisté, le 2 avril dernier, à une messe pour Pompidou, et le voilà qui préface un ouvrage collectif, sorti à l’occasion de cet anniversaire. Une préface en forme d’autoportrait politique ! 

Extraits : Pompidou, « un homme qui sut entraîner le pays dans un grand mouvement de progrès », « réformateur inlassable », pro-européen, créateur du premier ministère de l’environnement. « Homme de culture et homme d’Etat. » Il cite aussi Eluard, poète préféré de Pompidou. Ajoutons qu’il fut lui aussi, en 1954, de passage à la banque Rothschild. 

Emmanuel Macron, qui emprunte même jusqu’au vocabulaire pompidolien… Quand l’an dernier, il s’emporte devant un viticulteur inquiet d’un durcissement de la loi Evin et dit : « Il faut qu’on arrête d’emmerder les Français »… Ainsi parlait le Premier ministre De Gaulle. 

Parler "le" et "de" Pompidou, un acte politique, en pleine crise chez les LR. L’Elysée assume ce signal envoyé à la droite « moderne, libérale, mais aujourd'hui orpheline. » Tout le monde le disait giscardien, Macron est pompidolien. La REM est plus un RPF qu’une UDF. Une filiation qui lui permet de continuer, sur sa droite, à faire travailler la poutre.

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