J-7 : Macron, acteur shakespearien de son quinquennat / J+7 : vers un double vote le 26 mai 2019 ?

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / ludovic MARIN

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un Emmanuel Macron metteur en scène de son quinquennat et excellent comédien…   

Sa première sur les planches, c’était au club Théâtre de son lycée, à Amiens, animé par une certaine Brigitte Macron. 

J'avais monté une pièce de Tardieu, La Comédie du Langage, avec des petites saynètes. Il avait joué un épouvantail, et je le trouvais incroyable sur scène, quelle présence !" Brigitte Macron (extrait du documentaire de Pierre Hurel, diffusé en 2016 sur France 3) 

Pourquoi cette archive ? Parce qu’elle dit tout de l'homme politique acteur de son quinquennat. Le caméléon Macron. Ses adversaires parlent d’Arlequin. Il a observé la comédie du pouvoir sous Hollande, maintenant il compose son propre rôle. Jusqu’à réciter Pierre et Le Loup devant des enfants invités à l’Elysée, début mars. Du Puy-du-Fou avec De Villiers jusqu’au pouce viril enfoncé dans la main de Trump au G7, il est en représentation. 

Et quand on regarde la vidéo polémique twittée mardi soir par l’Elysée, cette dimension « actors studio » est poussée à son paroxysme ! Emmanuel Macron qui briefe durement ses conseillers, le choix des mots, presque vulgaires, les gestes surjoués… Scène authentique ? Non, le making-off est lui-même un artifice, une mise en abyme… Dans quel but ? Nous faire réagir, et de ce point de vue, c’est réussi. Emmanuel Macron, on le sait, déteste agir sous pression. Il a entendu sa majorité, les économistes de sa campagne, réclamer un « virage social ». En deux minutes chrono, il les prend à rebrousse-poil ! Coup de théâtre. 

Avec Emmanuel Macron, c’est shakespearien : il adapte la pièce en fonction du contexte électoral. Sa campagne 2017 a consisté à détruire le PS : premier acte. Il s’agit maintenant d’achever Les Républicains : deuxième acte en cours… L’Aquarius ira en Espagne, le « pognon de dingues » pour les pauvres sera rationalisé. 

Dans les sondages, la pièce a beaucoup de succès. Mais elle éloigne durablement Emmanuel Macron de son public de la campagne. En 1993, l’acteur en herbe Emmanuel Macron, jouant l’Epouvantail de Tardieu, déclamait cette phrase : « Je me secoue, je me secoue, (…) et voilà que peu à peu je retrouve mes deux jambes d’homme ». Deux jambes, pas une ! 

Question aujourd’hui sans réponse : écrira-t-il un troisième acte réconciliateur ? Pour l’instant, on est pleinement dans le deuxième acte. 

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...  

On l’avait presque oubliée, elle arrive en commission à l’Assemblée mardi prochain : la révision constitutionnelle !

On a d'autant plus confiance dans ses représentants que l'on se sent représenté par eux. D'où la nécessité d'introduire une dose de proportionnelle. J'ai conscience d'écorcher quelques oreilles sensibles... (Rires)" (Edouard Philippe, mercredi soir, devant la fondation De Gaulle, au micro de Laurence Peuron) 

Et des oreilles écorchées, il y en a déjà, notamment au Modem, l’allié numéro un des Marcheurs. Et un Bayrou grognon, ça n’est jamais bon. Fâché, le Modem ! Sur la part de proportionnelle, 15%, c’est « peanuts », dit-on coulisses… Et le Modem souhaite bon courage à Emmanuel Macron pour faire accoucher un Sénat de droite. 

Et pourtant, il y a une arme secrète à laquelle l’Elysée réfléchit toujours, c’est le référendum ! Et pas à n’importe quelle date : le 26 mai 2019… On sera un dimanche, un dimanche de fête des Mères. Mais ce sera surtout un dimanche d'élections européennes ! 

Coupler deux scrutins, l’un pour dire "oui ou non voulez-vous réformer les institutions ?" L’autre pour choisir ses parlementaires à Bruxelles. Du 2 en 1, c’est plus mobilisateur, une arme anti-abstention et un formidable moyen de pression sur le Sénat s’il fait de la résistance. 

Pure menace pour l’instant. L’élection « en même temps » : François Bayrou en rêvait, mais l’an dernier, couplée aux législatives, et sur une réforme nettement plus ambitieuse.

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