J-7 : l'hyper prudence tactique d'Emmanuel Macron. J+7 : la question corse, l'autre grand débat non réglé.

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est un gros point d’interrogation qui persiste sur la sortie du grand débat…

15 mars, c’est aujourd’hui… Ce devait être la fin, ce n'est qu'une mi-temps. Et la sortie, on la cherche, l'exécutif tourne sur son rond-point, et commet des lapsus... Celui d’Edouard Philippe, mardi matin, devant le conseil économique, social et environnemental, est "collector". Le Cese qui remettait sa contribution au grand débat, son rapport intitulé « Fractures et transitions, réconcilier la France. »

Vous mettez donc en évidence des factures... (rires). Des fractures... J'ai dit des factures ? (rires) Vous pourrez mettre ça sur le compte de ma capacité légendaire à commettre des lapsus" (Edouard Philippe, devant le Cese, le 12 mars 2019)

Sa langue a fourché, mais elle était parfaitement coordonnée à son obsession du moment : comment sortir du débat sans alourdir le déficit ? On l’a beaucoup dit sur cette antenne, il y a eu un paradoxe Gilets jaunes : l'expression d'un ras-le-bol fiscal, et même temps une demande plus forte d'Etat et de services publics. Cette même contradiction, on la retrouve dans les contributions des ministres et de La REM… Personne ou presque ne dit comment baisser la dépense publique, ce n'est pas populaire ! 

A l’Elysée non plus, on ne se presse pas pour faire la facture des fractures... C'est une semaine où Emmanuel Macron, concentré sur sa tournée africaine, a pratiqué l’art de l’esquive, du risque zéro. Comme sur la loi anti-casseurs : le virage de l'ordre n'est qu'à moitié assumé. Il saisit le conseil constitutionnel, pour qu’on ne lui reproche d’avoir cautionné un texte liberticide... Comme sur la loi énergie, aussi ! Déprogrammée du conseil des ministres. Emmanuel Macron a eu peur du télescopage de calendrier : la même semaine que la fronde écolo ("affaire du siècle" et grève scolaire mondiale)... Vite, Emmanuel Macron reporte le texte, prière de revoir la copie et de la rendre plus ambitieuse. 

A ses ministres et à sa majorité, il demande « d’éviter les sujets qui clivent »… PMA, Hidjab, et surtout fiscalité. En clair : pas de vagues, tant qu’il n’a pas parlé. En 2017, Emmanuel Macron candidat avait un projet… En 2019, il invente la campagne permanente sans programme fixe.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

La question corse… L’autre grand débat loin d’être réglé.

Le Président de la République aurait pu s'affirmer comme l'homme d'Etat, capable d'enraciner la paix. Il a choisi de ne pas le faire. C'est une occasion manquée" (Gilles Simeoni, le 7 février 2018).

Archive de février 2018. La déception du président de l'exécutif corse Gilles Simeoni, après la visite d'Emmanuel Macron. 

Depuis, c’est la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, qui joue les casques bleus. Elle retourne sur l’île pour 3 jours, jusqu’à dimanche… Afin de préparer la prochaine visite présidentielle. La nouvelle étape corse du grand débat. Ce devait être mardi prochain, à Cozzano, 270 habitants, petit village de montagne du Sud de l’île. Finalement ce sera le 4 avril. Le temps d’arrondir les angles… 

Car ça s’annonce difficile, tant les relations sont au point mort avec l’Elysée. Et sur place, le grand débat est tout petit, à l’image du mouvement des gilets jaunes sur l'île, très peu suivi.

Ce qui ne veut pas dire absence de revendications. Elles n’ont pas changé chez les autonomistes et nationalistes : co-officialité de la langue corse, rapprochement des prisonniers, autonomie fiscale… Ce à quoi Jacqueline Gourault répond : "exercez déjà vos nombreuses compétences !" 

Etape délicate pour Emmanuel Macron… Car elle intervient au moment où les grandes associations d’élus réclament un « choc de décentralisation ». Jusqu’à maintenant, il a surtout pratiqué un choc de fermeté avec l’exécutif corse. Un proverbe insulaire dit qu’« en mars on change sept fois de casquettes », "Marzu cambia a sette barrette". Sauf que sur la question corse, Macron s'est toujours montré beaucoup plus jupitérien... que martien. 

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