J-7 : cumul de colères et reprise des couacs. J+7 : démocratie post-gilets jaunes

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un gouvernement en marche lente…

Et qui espère ne pas caler !

Ce jour marque l'hémistiche du quinquennat (...). La France n'avait sans doute jamais connu un rythme aussi soutenu de réformes en peu de temps." (Sibeth N'Diaye, le 7 novembre 2019 à l'issue du conseil des ministres)

Emmanuel Macron à « l’hémistiche » de son mandat, dit poétiquement la porte-parole du gouvernement Sibeth N’Diaye… Hémistiche : se dit d’une césure ou de la moitié d’un vers. Sauf que les alexandrins ne riment plus comme avant. 

C’est le retour des fausses notes, après une rentrée optimiste et un pouvoir rassuré par son score aux européennes. Mais voilà novembre : d’un côté, l’accumulation de colères, au pluriel. Et de l’autre, le cumul des couacs. Macron monte au front, comme toujours et comme hier sur l'hôpital, mais l’intendance ne suit pas toujours. 

Immigration : la garde des sceaux Nicole Belloubet prend publiquement ses distances avec les quotas. Institutions : l’ancienne ministre Nathalie Loiseau met directement en garde Emmanuel Macron sur la surdose de proportionnelle. Retraites : après la soufflante, Jean-Paul Delevoye rentre dans le rang, mais la clause du grand-père devient clause de conscience pour des députés qui n’arrivent pas à « vendre » la réforme sur le terrain. Hôpital : bataille d’arbitrages pour muscler le nouveau plan d’urgence. 

Couacs et déminages… Mardi, veille du conseil des ministres, on change même l’ordre du jour : exit le projet de réforme du travail de nuit dans les commerces alimentaires. Trop sensible. Hémistiche et dilemme du quinquennat : réformer et/ou apaiser. Le président a une vision à 5 ans. Au gouvernement et dans la majorité, beaucoup sont suspendus au 5 décembre. 

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent… 

Gilets jaunes, l'anniversaire.

Je me serais bien passé, et la France se serait bien passée, de cette confrontation. Alors que ma volonté à moi, c'était de réconcilier l'écologie et le social, et on n'y est pas parvenu." (Nicolas Hulot, le 23 novembre 2018 sur France 2)

Nicolas Hulot, il y a presque un an sur France 2. Il sera de retour dans une arène politique, cet après-midi, au Cese, le Conseil économique, social et environnemental, devant les 150 citoyens de la convention pour le climat. Ce sont eux qui ont demandé à le voir. Comme ils verront demain matin Priscilla Ludowski, pionnière du mouvement avec sa pétition sur le prix des carburants. 

Des ronds-points à la rue d’Iena. C’est aussi ça l’histoire des gilets jaunes. Un grand débat qui accouche d’une petite révolution démocratique. Cette convention citoyenne, qui, loin des manifs anniversaires, travaille sans bruit, quasiment sous les radars : troisième week-end de réunion sur six au total. Discrètement, elle essaye de démêler les fils de l’immense malaise qui a surgi l’an dernier. Comment concilier impératif écologique et nécessaire justice sociale. 

Puisqu’en France les riches polluent 40 fois plus que les pauvres, il va bien falloir remettre de l’équité pour rendre acceptables les efforts à venir. Taxer le kérosène des avions, interdire la pub pour les SUV… Voilà des pistes qui ont déjà émergé. La convention aurait raison aussi de se pencher sur le dernier couac en date, survenu hier soir lors d'un vote à l'Assemblée : l'avantage fiscal pour l'huile de palme utilisée dans les biocarburants, prolongé jusqu'en 2026 ! Contradiction d'un acte 2 qui se voulait écologique ? 

Exercice inédit de démocratie augmentée, consensus à construire sur une transition difficile. L’une des réponses aux Gilets jaunes se trouve là, dans cette convention. Et dans ce qu’en fera Emmanuel Macron : un référendum, peut-être ? Restitution des travaux fin janvier. L’opportunité d’un acte 3 si l’acte 2 devait s'enliser sur les retraites. 

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