J-7 : comment le Président corrige son logiciel. J+7 : faire du Hulot sans Hulot, l'écologie désincarnée au pouvoir

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, ce sont les mots, nouveaux, du nouveau monde...

Ou comment Emmanuel Macron corrige son logiciel politique :

On a besoin d'une Europe qui protège davantage les salariés, qui soit moins une Europe ouverte à tous vents" (E. Macron, Europe 1, 6 novembre 2018). 

Car le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme" (E. Macron, devant l'Arc de Triomphe, 11 novembre 2018)

Je n'ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants (E. Macron, TF1, 14 novembre 2018)

Deux sujets : l’Europe, les gilets jaunes… Et à chaque fois, des mots qui changent. 

L'Europe d'abord : on était resté sur un clivage "progressistes contre nationalistes", le slogan a complètement disparu. Formule efficace pour dramatiser l’enjeu au niveau européen, mais stérile au niveau national, trop réductrice, avec le risque d’alimenter le tout sauf Macron aux élections européennes. 

Désormais, le Président préfère parler d’Europe comme d’un espace souverain, qui « protège » militairement et économiquement… Ce n’est plus la même histoire. Il reprend les mots de ses adversaires, comme le patriotisme, pour leur donner sa propre définition. 

Et puis il y a eu ce mea culpa mercredi, à bord du porte-avion Charles-de-Gaulle. Spectaculaire. "Je n'ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants". Posture d’humilité. Les ministres, les directeurs d'administration sont priés à leur tour de faire leur "itinérance". Ecoute et empathie. Les gilets jaunes se mettent en travers de sa route ? Gandi Macron comprend leur colère… 

Double correction de tir, donc : sur l'Europe et sur son rapport aux Français. Le premier de cordée pressé et sûr de lui cède la place à une figure plus classique, paternelle et empathique… Condition sine qua non pour récréer de l’adhésion et pouvoir continuer à réformer...  Pour sauver son agenda 2019, Emmanuel Macron doit réinventer son personnage.

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...

« Moment de grâce » le retour…

Je vais prendre pour la première fois la décision la plus décisive de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement" (Nicolas Hulot, 28 août 2018, France Inter)

Vous y étiez Nicolas… Et depuis ce 28 août, silence radio ! Mais il va reparler, Nicolas Hulot ! La semaine prochaine, jeudi soir, sur France 2. Un retour médiatique, et non politique, diversement apprécié chez ses anciens collègues… 

Car après tout, c’est lui, s’il était resté, qui serait le bouclier vert face aux gilets jaunes. C’est lui qui aurait dû anticiper le malentendu et faire la pédagogie fiscale… Commentaire, actuel et toujours acerbe, de l’Elysée : "il a quitté le navire sans avoir mené la bataille". 

Et cette bataille, le gouvernement la mène ! Il fait du Hulot sans Hulot… L’accompagnement social de la transition énergétique, c’était sa ligne ! Et derrière les chèques énergie et les surprimes à la reconversion, la trajectoire anti-carbone ne bouge pas. Sous Hollande, ébranlé par les Bonnets rouges, cette politique avait fait du yoyo… Là, le cap du gouvernement reste inchangé, l’impopularité est assumée.Pourquoi ? 

Parce que le coût du renoncement serait pire que l’obstination ! Emmanuel Macron ne veut pas laisser le champ libre aux écologistes aux prochaines élections. Il redoute une hémorragie vers les Verts, exactement ce qui vient de se produire en Allemagne ou en Belgique. 

C’est pourquoi l’Elysée cherche des têtes d’affiche qui incarnent ce credo écologiste… C’est difficile. La preuve, Emmanuel Macron vient d’essuyer le refus de Pascal Canfin. C’est une information France Inter : le directeur du WWF France ne sera pas tête de liste, ni sur la liste La REM aux européennes. Il l’a fait savoir mercredi au Président. Pas assez de garanties sur le nucléaire et les fermetures de centrales, c’était déjà les mêmes réserves lorsqu’il avait été approché pour être ministre. 

Deux mois et demi après, le vide laissé par Nicolas Hulot n’est toujours pas comblé. 

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