J-7 : la possibilité d'une bascule après deux mois de colère jaune. J+7 : manif or not manif le 27 janvier ?

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est la possibilité d’une bascule après deux mois de colère jaune…

Oui, une lettre, un gymnase, un tango avec les maires… Et le débat national, qui s’installe.

Nous allons participer à ce débat (...), partout où nous pouvons aller." (Marine Le Pen, le 16 janvier 2019, sur BFMTV)

Alors mes amis, je veux que nous nous engagions dans ce débat, parce que si nous ne nous y engageons pas, nos thèmes seront oubliés" (Laurent Wauquiez, le 16 janvier 2019, en meeting à Toulouse)

C’est nouveau, même ses adversaires les plus coriaces acceptent les règles du jeu ! L'histoire retiendra que ce ne sont pas les 10 minutes à 10 milliards du 10 décembre à la télé, qui ont provoqué le déclic, mais une partition beaucoup plus récente, amorcée lors de ses vœux du 31. Un mélange, chez Emmanuel Macron, de retour à l’ordre, de mea culpa et d’ouverture aux doléances des Français.  

La lettre du Président, d'abord, publiée dimanche soir : un premier geste, imparfait, qui laissait le lecteur sur sa faim : vraie fausse neutralité, organisation floue, trop de questions faussement ouvertes ou orientées. Mais une lettre très républicaine, qui disait, en substance : "mettez-vous deux secondes à ma place, vous voulez plus d’Etat protecteur avec moins d’argent public ? Alors, faites les choix avec moi". 

La lettre. Puis le son et l’image, mardi, dans l’Eure. Bien sûr c’était un stand-up organisé, sous étroite protection policière, au milieu d’un public d’élus normands bienveillants et donc "violemment modérés". Mais au milieu du gymnase, le Président-candidat a publiquement arbitré contre lui-même. On efface presque tout, et on recommence le quinquennat. 

Cette semaine, Emmanuel Macron aura réussi à changer le thermomètre : on n’est plus dans l’attente passive et angoissée des émeutiers du samedi, l’acte X doit être éclipsé, c’est l’objectif, par l’acte 1 des débats partout en France. Ajoutez à cela un Benalla gardé à vue, le spectacle repoussoir d’un Brexit insoluble, il y a objectivement un début d’éclaircie sur la macronnie, timide mais tangible dans les sondages.

Allez Yaël, on se projette sur la météo à 7 jours...

Manif or not manif le 27 janvier ?

Tout ce qui va dans le sens du soutien au Président de la République, je le ferai, cela va de soi. Est-ce que je souhaite une manifestation ? On a besoin aujourd'hui d'entendre que le pays fonctionne, que le gouvernement ne se voit pas empiéter dans ses prérogatives républicaines et démocratiques." (Jean-Michel Blanquer, le 6 janvier 2019, sur LCI).

Le ministre Jean-Michel Blanquer, l'un des piliers du gouvernement, prêt à défiler avec les « Foulards rouges » dans 10 jours. 

Gilets jaunes, bleus, verts, bonnets, bérets rouges, et maintenant foulards… Je vois bien que ça mérite explication. Vous n'êtes pas daltonien, au moins, Nicolas ? 

Alors, qui se cache derrière ces « Foulards rouges » ? Un mouvement spontané déclenché sur Facebook, début décembre, initié par un ingénieur toulousain qui se dit proche de La République en Marche, choqué par la radicalisation des gilets jaunes. Une contre-manif, donc, pour défendre La République et ses institutions. Dans la même veine que le défilé gaulliste du 30 mai 1968. Une option également envisagée à l’Elysée - et elle l’a été très tôt -, au lendemain du saccage de l’Arc de Triomphe. 

Faut-il s’associer aux Foulards rouges ? C’est tout le débat qui agite le gouvernement et la majorité. Ne plus jouer défensif, revendiquer ses valeurs. Blanquer assume de marcher ce jour-là. Le député Jean-Michel Fauvergue aussi, ex-patron du RAID, toujours solidaire de ses anciens collègues policiers, épuisés par ces samedis d’émeutes. 

Mais à La REM, on marche sur des œufs. Les organisateurs ont été reçus au siège du parti. Et ce qui leur a été dit, c’est : 1/ Il faut dépolitiser cette manif, sinon elle sera suspecte et ne fera pas le plein. 2/ On est passé à autre chose, au débat, les ronds-points se vident, ce n’est pas pour réinvestir la rue. 3/ Tout dépend de demain samedi. S’il y a encore des violences, des débats perturbés, alors oui il y faudra un sursaut républicain et manifester le 27. 

Pour l’instant, les militants sont appelés à tracter, pour inciter à débattre, ce week-end. Pas pour jouer rouge contre jaune au moment où Emmanuel Macron enfile le casque bleu de l’apaisement.

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