J-7 : (encore) du vent dans le voile. J+7 : Macron régalien à Mayotte.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / Nicolas Economou / NurPhoto

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est ce débat qui fait du surplace depuis 30 ans…

Le foulard de la discorde

Christian Jacob, le tout nouveau président des Républicains, veut légiférer. Débat vain, sain ou sans fin ? Chacun se fera son opinion. La question posée, c'est celle de l’Etat, laïc, dans une société qui ne l’est pas : comment on articule les deux sans créer du conflit ?

Débat qui aura agi comme un révélateur cette semaine. Premier enseignement : le RN déclenche la polémique, mais ce sont bien les Républicains qui courent après. Les sénateurs LR voteront bientôt une loi interdisant le port du voile lors des sorties scolaires (la proposition de loi de Jacqueline Eustache-Brinioe sera examinée mardi prochain au Sénat). Et si ça ne suffit pas, Eric Ciotti a aussi son texte, prêt, à l'Assemblée. 

Deuxième constat : la polémique fait ressurgir, dans la majorité, des clivages qu’on aurait cru dépasser. Une porte-parole d’En Marche, Aurore Bergé, issue de la droite, contredit son Premier ministre. C'est le retour du match "identité heureuse" version Juppé contre "identité à protéger" version Sarkozy. Laïcité ouverte ou fermée. Le macronisme est trop neuf et trop flou, pour empêcher que ces vieilles fractures et ces anciennes frontières politiques ne ressurgissent. 

Enfin, l’Elysée s’insurge contre les "amalgames". Mais en décidant d’ouvrir l’automne sur ces sujets régaliens, le Président a pris son risque, comme le dit souvent Macron. Dans une société éruptive, la question, c’est de savoir si le maître des horloges pourra maîtriser la suite et stopper l'emballement. 

Tout ça pour ça. Une mère voilée qui accompagne des enfants dans un conseil régional. Des écoliers qui font de l’éducation civique sur le terrain. Les voyages forment la jeunesse : initiation express, aussi, à la politique… pour les nuls !

Et dans les jours qui viennent ? 

Emmanuel Macron en outre-mer, dans l’océan indien. Une première pour lui, comme Président. 

On a le sentiment, vraiment, que ceux qui sont confrontés à cette immigration clandestine, et qui sont censés la réguler, sont dans la situation de Sisyphe (...), et que chaque jour ça recommence." (Marine Le Pen, le 28 mars 2019, à Mayotte, au micro de Maxence Lambrecq)

A l’époque, la présidente du RN est en campagne pour les européennes. Et Mayotte lui sert de décor pour parler immigration. Mardi, c’est Emmanuel Macron qui arrive sur l’île. Depuis, les urnes ont parlé. La liste Bardella ultra gagnante, à plus de 28 %. En Marche, sévèrement battue, à moins de 9%. 

Alors qu’il vient d’ouvrir un débat sur l’immigration, il était devenu urgent que le Président s’implique personnellement. Mayotte, c’est 1 clandestin pour 4 habitants… Des clandestins qui fuient par bateau (les kwassa-kwassa), la pauvreté des Comores. 

Emmanuel Macron, lui, viendra soutenir les militaires de l’opération Shikandra (du nom de ce poisson tropical qui mord quand on s’attaque à son habitat), militaires dont la mission est d'assurer cette année 25 000 reconduites à la frontière. 

Autre volet de ce déplacement : la souveraineté. Pour la première fois, un Président français posera le pied sur les Glorieuses, poussières d’îles au large de Mayotte, objet d’un lourd contentieux avec Madagascar. La France y tient, au nom de la biodiversité. Mais aussi pour ses eaux territoriales, et la sécurité dans la zone. L’occasion pour Emmanuel Macron de donner de la chair à ce fameux virage "régalien" annoncé mais jusque-là très théorique… Manière aussi de planter le drapeau face à l’insolente popularité du RN dans cette France ultra-marine. 

La feuille de route sera moins sécuritaire et beaucoup plus économique, mercredi sur l’île de La Réunion, deuxième étape de son voyage. L'Elysée promet des annonces pour favoriser l’investissement. Il sera accueilli à son arrivée par une grève générale, quasiment un an après le blocage de l’île par les gilets jaunes. 

Et cette semaine ultra-marine, c’est Edouard Philippe qui la refermera : deux jours en Guadeloupe pour tenter de régler le problème des sargasses, ces algues toxiques qui empoisonnent les plages et l’économie locale. La Guadeloupe où le RN est, là aussi, arrivé en tête aux européennes. 

L’acte 2 du quinquennat version outre-mer : frontières à Mayotte, réponses aux gilets jaunes à La Réunion et protection de l’environnement aux Antilles. Avec 2022 en ligne de mire, et, toujours, ce duel à distance avec Marine Le Pen.

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