J-7 : la semaine du "mea culpa" présidentiel / J+7 : En Marche, mais sans tête, pour les européennes

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est d'abord le mea culpa d’Emmanuel Macron…   

Ou comment se remanier soi-même !

Par ma détermination ou mon parler vrai, j'ai pu déranger ou choquer certains (...). Ce contact direct, c'est aussi celui auquel je tiens pour les temps qui viennent." (Emmanuel Macron, allocution télévisée du mardi 16 octobre 2018)

Alors, vraie ou fausse autocritique ?  Il y a d’abord un paradoxe à relever : Emmanuel Macron a utilisé les attributs de Jupiter, l’adresse télévisée aux Français, format le plus vertical qui soit, pour tenter de faire oublier Jupiter ! Au-delà de l'artifice sur le style, il y a bien mea culpa sur le fond, quand il aborde la question des territoires. D'ailleurs c'est là que réside la seule inflexion à l'oeuvre dans ce remaniement... L’appel des élus locaux, à Marseille, fin septembre, l’a convaincu qu’il fallait un « reset », comme disent les diplomates. Sinon, c’est toute son entreprise d’implantation pour les municipales, en 2020, qui sera compromise.   

Et l’ultime mea culpa, il se lit dans les étiquettes des nouveaux ministres : finie la solitude hégémonique de La République en Marche, Emmanuel Macron raisonne en coalition… Comme un échauffement avant les européennes. Pour le remaniement, il a puisé au centre droit, au centre gauche, et fait la promotion du Modem, désormais en charge des relations avec les territoires et avec le Parlement ! Autrement dit, le Président délègue, et c'est nouveau, deux missions stratégiques à un autre parti que le sien. Au passage, ça le protège, lui et les marcheurs, en cas d’échec.   

Est-ce que les Français ont vu les changements dont je vous parle ? Sans doute pas. Mais ce « contact direct », nouveau mantra, Emmanuel Macron va le mettre en application dès lundi dans l’Aude touchée par les intempéries, et lors d’une tournée fleuve d’une semaine, début novembre, dans le Grand Est et les Hauts de France.    

Justement, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours... La République en Marche mais sans tête, au plus mauvais moment. 

Car dans sept mois, Nicolas, il y a une élection test, les européennes…  

L'Europe bascule presque partout vers les extrêmes, je ne m'y résous pas" (Emmanuel Macron, allocution télévisée du mardi 16 octobre 2018)

Où l’on retrouve la bataille "progressistes contre nationalistes". Le problème, c’est qu’en habillant Paul, pour le remaniement, il a déshabillé Jacques, son mouvement, La REM, sur qui repose l’organisation de cette bataille. Exit Christophe Castaner, qui, bon gré mal gré, avait lancé la machine, fait du porte-à-porte, noué des liens partout en Europe avec des partis frères… 

Il faut donc tout remettre à plat. Période de flottement. A l’image de l’agenda d’En Marche pour ce week-end. Demain samedi : colloque pour définir le « progressisme » européen. Dimanche midi : dernier discours de Castaner avant plusieurs semaines d’intérim ! Et simultanément, une campagne pour sa succession. Défendre un projet sans pouvoir l'incarner rapidement, c'est un handicap sérieux.  

D'autant que rien n'est tranché non plus sur la tête de liste ! Et pendant ce temps-là, forte poussée écolo en Bavière, en Belgique... Et si EELV et Yannick Jadot, déjà lancés, mordaient sur les électeurs d’En Marche ? Et si les juppéistes prenaient trop de place dans la négociation ? Voilà les inquiétudes, nombreuses, exprimées en interne. 

Des doutes, enfin, sur les intentions du Président : quand il s'engage à prendre des « mesures historiques », pour l’écologie… Personne, dans les ministères concernés, n’a compris de quoi il parlait ! Le remaniement est passé, et les marcheurs ressentent un impérieux besoin d’y voir clair pour la suite… En tout cas d’être mieux éclairé que ne l’était le Président mardi soir dans la pénombre automnale de son bureau.

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