J-7 : doute méthodique ou défiance systémique ? J+7 : retraites, fumée grise pour les fêtes

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un autre « mur », celui de la défiance.

Plus haut, plus dur, plus infranchissable que les manifs.

Le peuple c'est comme les volcans : il a ses éruptions et si nous n'y prenons pas garde, la lave détruit tout avant de tout reconstruire. Donc faisons en sorte d'éviter les éruptions, et au contraire, de profiter de cette formidable énergie." (Jean-Paul Delevoye, ex haut-commissaire à la réforme des retraites, le 18 décembre 2019)

Moment politique le plus troublant, le plus cocasse aussi, de la semaine… Jean-Paul Delevoye citant Victor Hugo, lors de sa passation de pouvoir au ministère de la Santé. Ne pas se couper du peuple ! Etonnant, dans la bouche de celui qui s’est discrédité, et avec lui en partie la réforme, pour avoir négligé l’impératif de transparence. 

Sur la chute de la maison Delevoye, on a déjà tout dit ou presque. Mais l’événement marquant, c’est le gigantesque soupçon qui accompagne aussitôt la nomination de son successeur Laurent Pietraszweski… A peine en fonction, déjà présumé suspect. Excitation générale sur les réseaux sociaux, on flaire l’arnaque. Auchan, le grand capital, le conflit d’intérêt… Mais d’où viennent les 72.000 euros sur sa déclaration d'intérêt ? De ses indemnités de licenciement, tout simplement. 27 ans d’ancienneté dans l'entreprise.

Doute méthodique et salutaire appliqué aux puissants qui nous gouvernent ? Ou défiance mortifère ? 2019 se termine comme 2018 s’était achevé. De la colère jaune aux enseignants qui ne croient plus en leur ministre, en passant par les homards de François de Rugy. Toute parole officielle se retrouve quasi instantanément détournée et moquée. On l’a vécu dans les jours qui ont suivi l’explosion de l’usine Lubrizol. 

C’est tout à l’honneur de la haute autorité pour la transparence d’exercer sa mission depuis six ans, la question maintenant c’est : qui osera monter sur l’estrade ? Car il faut avoir les reins solides pour préférer la vie politique à la vie Auchan.

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent… 

La hutte et la lutte de Noel...

C'est comme le gouvernement qui fait le choix de présenter une réforme le 11 décembre, et qui dit qu'on n'aurait pas le droit de faire grève, parce que ce sont les fêtes de Noël ?!" (Fabien Roussel, député et numéro un communiste, le 17 décembre 2019, au micro de C. Arbona)

Galère et compagnie, 6000 enfants en rade à la SNCF, Paris impraticable ou presque en voiture… C’est très rare qu’un conflit social déborde sur les fêtes ! On peut citer Noel 86, les cheminots avaient démarré le mouvement le 18 décembre, et étaient restés grévistes jusqu’au 15 janvier ! A l'époque, des usagers bloqués à quai dormaient dans des rames. 

Rien d'aussi apocalyptique cette année, mais on est loin du dénouement express qu’espérait le gouvernement. Faites la trêve et pas la grève, telle était sa supplique. Autant pour le confort des usagers que pour sa propre popularité. Emmanuel Macron, qui réveillonne ce soir à Abidjan avec les soldats, a mis son grain de sel, Edouard Philippe a donné un peu plus de grain à moudre, pour desserrer le nœud gordien de l’âge pivot. Mais seule l'Unsa se met réellement en pause. La CFDT demande du temps. Pour examiner à froid le nouveau mécano proposé. Noel arrive trop vite. Et on ne négocie pas avec un pistolet sur la tempe. 

Pour conclure ou pas, clause de revoyure en janvier. C’est seulement là qu’on saura si l’acte 2 plus horizontal d’Emmanuel Macron a survécu à la réforme des retraites. Au pied du sapin, le gouvernement vient de déposer un premier simulateur, mais tellement rudimentaire pour l'instant, qu’il ne suffira pas à régler le problème numéro 1 : la confiance.

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