J-7 : "l'union sacrée" se fracasse sur un 1er tour. J+7 : suite et fin du quinquennat, le vertige de la page blanche

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un exécutif en "guerre"...

Oui, mais sans "l'union sacrée" pourtant réclamée...

Il y a quelques mois, il y avait des gens qui disaient qu'on en faisait trop, et d'autres qui disaient qu'on n'en faisait pas assez. Toutes ces polémiques, je les accepte, j'assume absolument toutes les décisions du gouvernement." (Edouard Philippe, mardi soir, sur France 2)

Le Premier ministre obligé de monter au front pour éteindre l'incendie déclenché par son ancienne ministre Agnès Buzyn. Quatre jours après la première allocution présidentielle face au coronavirus, dans laquelle Emmanuel Macron en appelait à la "France unie". Mais 4 jours en pleine crise épidémique, c'est une éternité. 

Et entre les deux, il ne vous a pas échappé que la France (enfin moins de la moitié des Français !) a voté. Un premier tour poison. 

C'est Agnès Buzyn qui décompense et accuse son propre gouvernement d'avoir mal anticipé la vague, prémices d'un potentiel scandale d'Etat.

C'est ce 2ème tour, que l'exécutif envisage d'organiser au solstice d'été, un 21 juin, sans savoir si on sera déjà au crépuscule de l'épidémie. 

Ce sont ces 30.000 maires élus au 1er tour, à qui la loi imposait de réunir leur premier conseil municipal dès ce week-end, avant qu'Edouard Philippe n'intervienne pour mettre fin à la bronca ! Les élus en étaient presque à invoquer un droit de retrait. 

Et puis le conseil d'Etat, qui veut bien qu'on congèle les résultats du 1er tour, mais jusqu'à l'été, pas plus !

"Restez chez vous mais en même temps allez voter", cette injonction contradictoire du 12 mars laissera des traces... Dérisoires par rapport aux morts du coronavirus, mais très concrètes pour les 900.000 candidats engagés dans ces municipales. 

Un jour peut-être, E. Macron et E. Philippe, méditeront cette citation de Churchill, que j'adore : "Le bon politicien, c'est celui qui est capable de prédire l'avenir et qui, par la suite, est également capable d'expliquer pourquoi les choses ne se sont pas passées comme il l'avait prédit."

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent…

"Révolution", le livre du candidat Macron (en 2016) avait un titre prémonitoire.

Nous ne reprendrons pas la cours normal de nos vies (...), comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n'ait été vraiment compris, et sans que rien n'ait changé." (Emmanuel Macron, à l'Elysée, le 10 décembre 2018)

Tiens, tiens, comme un air de déjà entendu. Rien à voir avec le Covid. Cette rupture-là remonte au 10 décembre 2018, au plus fort de la crise des gilets jaunes. Le grand débat, les 10 milliards d'euros débloqués. 

Ce premier aggiornamento sera donc suivi d'un deuxième, le jour où nous serons déconfinés. Mais quand ? A J 15, 30, 45, 60... Emmanuel Macron a une page blanche à écrire. Et dans son camp, s'il y a de l'angoisse, il y a aussi l'émulation d'un nouveau cap à inventer. 

"Suspension des réformes en cours", a dit le Président : retraites, assurance chômage, privatisation... Agenda suspendu ou annulé ? C'est plutôt on efface tout et on recommence. Car dans quel état sera la France après le Covid ? Il faudra "revaloriser des métiers méprisés", me confiait un ministre, l'hôpital méritera plus que des applaudissements sur un balcon le soir. 

L'Etat avec un "E" majuscule, ses services publics, ses entreprises "nationalisées" s'il le faut. La règle des 3% appartiendra à l'ancien monde. De la droite Juppé, on passera à la gauche Allende, se prend à rêver un pionnier d'En Marche. Relance et investissement. 

Et l'agenda climatique dans tout ça ? Les 150 citoyens tirés au sort et confinés ? Comment reprendre le fil, une fois passée l'épidémie, du défi climatique, autrement plus ravageur pour l'humanité, qu'un coronavirus ? Soudain, cette page blanche n'est plus une angoisse, mais un vertige. 

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