J-7 : La REM veut devenir populaire. J+7 : Macron et les risques de la triangulation

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est une lutte des classes.

« Bourgeois » versus classes populaires… Emmanuel Macron n’a pas le monopole de la critique anti-élites.

L'immigration que nous avons accueillie, ce ne sont pas les élites qui la vivent, qui la subissent, qui partagent leurs logements avec eux, ce sont les classes populaires !" (Marine Le Pen, France 2, le 11 avril 2012)

Troublante similitude, qui confirme qu'Emmanuel Macron est un triangulateur. Il va chercher l'adversaire sur son terrain, prépare 2022 et piège la droite. Mais cette sortie sur les « Bourgeois » traduit quelque chose de plus profond sur son mouvement En Marche. La REM étouffe dans sa sociologie urbaine, diplômée et plutôt bien payée. Depuis la rentrée, ses dirigeants ont l’obsession de décloisonner le parti. En 2017, 43% des électeurs gagnant plus de 3.000 euros par mois ont voté Macron. Aux européennes, un ouvrier sur deux a voté RN. A mi-mandat, il s’agit de s’extraire de cette caricature entre deux France, insiders contre outsiders. 

En Marche veut se muer en mouvement populaire. « On était le parti des salariés, on doit devenir celui des travailleurs », me disait récemment son délégué général Stanislas Guerini. Dans l’acte 2, ce virage « populaire » est censé s’incarner dans les baisses d’impôts, fléchées pour les classes moyennes, dans une politique économique moins favorables aux cadres. Et donc maintenant dans un débat sur l’immigration : Macron se sarkozyse, se vallsise. C’est contre-intuitif, dans les deux cas, la copie populaire a boosté l’original populiste. 

Mais le Président le dit en petit comité : « Je ne veux pas qu’il y ait un parti qui en parle mal, et un parti qui n’en parle pas. » Désormais, tout est dans le « comment » il va en parler. 

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

A frenchman in New York... Emmanuel Macron veut confirmer son leadership écolo.

On nous dit que les solutions existent. Alors, allons les chercher ! (...) Mais nous aurons tous à rendre compte de ses désastres qui se multiplient, devant notre propres enfants." (Emmanuel Macron, à l'ONU, le 25 septembre 2018)

Discours à l’ONU, c’était il y a un an. A ce moment là, il ne s’attendait pas à recevoir le prix du « champion de la terre », remis par les nations unies.

Un prix "piège", reconnaît aujourd’hui l’Elysée. Car il n’y avait et il n’y a rien à célébrer, la maison brûle et le monde commence tout juste à regarder en face. 

Lundi, à New-York, agenda 100% climat, en deux temps. Le matin, mobilisation pour l’Amazonie, suite du G7. L’après-midi, discours sur la finance verte. Des sujets sur lesquels il veut imprimer sa marque.

Macron est attendu, il est écouté pour cela sur la scène internationale… Ce qui décuple aussi les attentes chez nous en France. Grand diseux ? Petit faiseux ? Tout le défi est de réussir à articuler les deux niveaux. Le verbe international et l’écologie du quotidien. 

Les écolos, canal historique, l’attendent au tournant, forts de sondages prometteurs pour les municipales. Yannick Jadot lui reproche déjà l’abandon de la taxe carbone, que les experts considèrent comme un vrai lever pour accélérer la transition. 

Emmanuel Macron est un défricheur, qui casse les monopoles, mais s’expose au retour de boomerang : apparaître moins-disant que ses adversaires. C’est vrai sur l’écologie, ça pourrait vite le devenir sur l’immigration. On est en pleine réactualisation, à mi-mandat, du « en même temps ». 

Emmanuel Macron investit simultanément deux champs politiques irréconciliables de la vie politique française. Pour faire vite Jadot et Le Pen. Il y a de quoi y perdre son latin. Sauf que c’est lui qui donne le tempo, il ne subit pas, il impulse, en position central. C’est aussi un avantage.

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