J-7 : Macron : 1, Wauquiez : 0, le match de l'autorité. J+7 : un président "chanoine" et en même temps laïc.

La semaine politique, c’est d'abord une course à l’autorité…  

Naturelle ou artificielle ? "Un chef, c’est fait pour cheffer", disait Jacques Chirac… Chacun dans son style, Laurent Wauquiez et Emmanuel Macron ont cherché à le démontrer cette semaine.

Nous sommes aujourd'hui le 18 juin. Il y a un homme qui a connu les pires attaques, c'était le général De Gaulle. (...) Et je pense qu'il faut aussi une colonne vertébrale et qu'il faut un cap.

Déclaration de Laurent Wauquiez à Lyon, devant Sens Commun, le 18 juin 2018, au micro de Christophe Vincent.

– Ça va Manu ?   – Non, tu m'appelles Président de la République ou Monsieur.   – Oui, Monsieur.   – Voilà, c'est bien !" (échange en marge des cérémonies du Mont-Valérien, le 18 juin 2018)

Vous aurez reconnu la vidéo "virale" de la semaine, Emmanuel Macron faisant la leçon à un collégien, qui l’appelle "Manu", et juste avant : Laurent Wauquiez, à propos du limogeage de sa vice-présidente Virginie Calmels. Quel rapport, me direz-vous ? Nous sommes un lundi 18 juin, anniversaire de l’appel de De Gaulle : la référence, l’autorité incarnée.

Un 18 juin, au Mont Valérien, après avoir décoré un résistant, un Président ne peut pas se faire appeler "Manu". Un 18 juin, quand on est le chef des LR, parti gaulliste, on ne peut pas être contesté par son numéro 2. Même figure de style, et même prise de risque. Car on ne décrète pas son autorité, elle doit être légitime. Sinon, c’est de l’autoritarisme. 

Chez Wauquiez, l’autorité a fonctionné le temps d’une journée. Dès le lendemain, le chef s’est fait déborder sur le fond par son numéro 3, qui propose d’augmenter le smic ! Chez Emmanuel Macron, a contrario, le temps fait son œuvre. L’été dernier, quand il force son chef d’état-major des armées à démissionner, l’opposition fait le procès d’un jeune président autoritariste. Lundi, quand le Président demande du respect à un collégien, dans un moment raide mais spontané, qui peut sérieusement lui en faire le reproche ? Quel instit, quel prof, quel père, quelle mère, quel adulte aurait accepté cette familiarité dans un lieu aussi chargé d’histoire ? 

Autorité versus autoritarisme : Macron : 1 - Wauquiez : 0.   

Et la météo politique à 7 jours ?

Un Président en papauté : Emmanuel Macron s’envole mardi pour le Vatican…

L’une [Marine Le Pen] représente la droite forte, l’autre [Emmanuel Macron], je ne sais pas d’où il vient.

C'est ce que répondait le Pape François, interrogé dans l'avion qui le ramenait d'Egypte, sur le second tour de la présidentielle en France, le 30 avril 2017.

Quand il dit "l’autre", il parle d’Emmanuel Macron… Une neutralité qui a surpris, choqué, même à l’époque.

Depuis, la relation s’est installée, normalisée. Le Vatican l'a félicité quand il est devenu Président, soulignant la "tradition chrétienne" de la France. Et puis il y a eu ce discours inédit, en avril, devant la Conférence des évêques de France, quand Emmanuel Macron a affirmé qu’il falllait "réparer le lien entre l’Eglise et l’Etat". 

Le pape est jésuite, comme l’est le collège où Emmanuel Macron, baptisé à sa demande à l’âge de 12 ans, a étudié, à Amiens.

Un Président qui murmure à l’oreille des catholiques ? Mardi, ça ne sera plus un chuchotement, il sera officiellement intronisé chanoine du Latran… Titre honorifique, tradition depuis Henri IV, mais que d’autres, avant lui, ont refusé, François Hollande par exemple. 

Le risque ? Que cette séquence soit interprétée comme une nouvelle preuve de sa laïcité ouverte, respectueuse de la place de toutes les religions dans le monde temporel, une laïcité ouverte mais déséquilibrée. Où est le grand discours sur l'organisation de l’islam de France ? L’Elysée ne donne plus de date. Il y a dix jours, Emmanuel Macron a boudé le dîner de rupture du jeûne du ramadan, organisé comme chaque année par le CFCM.  

D’ailleurs, même en Macronie, ce voyage à Rome ne fait pas consensus. François Bayrou, croyant et pratiquant, symbole de cette démocratie chrétienne à la française, devait être du voyage. Invité par l’Elysée, il renonce. Au nom de la séparation entre la politique et la religion. Tiens, ça ferait une bonne question pour le bac philo 2019 : un "chanoine" peut-il faire autorité sur les questions de laïcité ? 

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