J-7 : l'éclipse du grand débat. J+7 : la REM prend son envol européen.

La plateforme du grand débat national accessible en ligne
La plateforme du grand débat national accessible en ligne © Radio France / Jérôme Collin

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est l’éclipse du grand débat...

... Masqué par l’hyperactivité de l’exécutif sur le terrain de l’ordre.

Nous constatons que ce déchaînement de violences justifie une réponse ferme. Je l'assume (...), ça suffit." (Edouard Philippe, lundi 18 mars 2019, France 2)

Et depuis, l’armée été appelée en renfort, via Sentinelle… Le Premier ministre a même annulé son voyage en Guyane, pour être à Paris et rester en alerte lors de ce samedi test. Une réponse musclée à la hauteur de la panique qui a saisi l’état-major macroniste. Insouciance prématurée d'une escapade pyrénéenne, insouciance coupable… 

Et à partir de là, chacun cherche son bouc-émissaire. Le ministre ? Non, on ne peut pas ajouter de la crise à la crise. Alors en-dessous ? C'est le grand retour, contre-nature, de la « République des fusibles », pourtant honnie par Emmanuel Macron : « Qu’ils viennent me chercher », rappelez-vous. 

Donc grand ménage de printemps à la préfecture de police, on redonne un peu d'air à Christophe Castaner, mais la prochaine fois, où et qui sera la soupape ? Et l’opposition s’y met, elle réclame aussi son fusible. « Le ministre boit, mais c’est le préfet qui trinque », persiflent les plus virulents.

Réforme express du maintien de l’ordre. En 48 heures, nouvelle doctrine, nouveaux outils. Mais le calendrier du grand débat, lui, ne bouge pas. Parce qu'accélérer serait "céder aux casseurs", dit l’Elysée… Soit. Mais qui écoute encore le Président ? Huit heures avec les intellectuels, lundi, sacrée prouesse, mais si c'est pour fermer des portes et dire qu'il n’y aura pas de grand soir fiscal...  Ah quoi bon ? Et si le grand débat avait muté ? Dans les marches pour le climat ? Les européennes ? L’accouchement est si long qu’Emmanuel Macron n’est plus sûr de récolter les fruits politiques de ce qu’il a semé.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

Dernière sur la ligne de départ, mais ça y est ! La République en Marche, enfin, dans les starting-blocks.

Mme Le Pen, je voudrais vous dire bravo, parce que vous avez réussi à me faire changer d'avis. Je suis prête à être candidate (rires de Marine Le Pen). Je ne me défilerai pas, Mme Le Pen" (Nathalie Loiseau face à Marine Le Pen, le 14 mars 2019, sur France 2)

Passé l’effet de surprise, c’est tout un mécano qui va s’enclencher. Lundi soir, La REM l'officialisera comme tête de liste. Mardi, le Modem donnera son feu vert. Et c’est parti pour un remaniement. Technique. Poste pour poste. Sauf si Benjamin Griveaux s’échappe lui aussi pour se lancer sur Paris… Municipales, européennes, grand débat inachevé, ce n’est plus une campagne, c’est un multiplex ! 

Et sur l’Europe, observez bien la stratégie des marcheurs. A rebours de 2017. Nathalie Loiseau, c’est le choix de l’expérience, elle connaît ses sujets, experte en Brexit, et le Président fait le pari qu’elle saura naviguer pour imposer une nouvelle force dans le maelstrom du nouveau Parlement européen… 

Regardez les autres partis : c’est comme s’ils faisaient du En Marche à retardement. Obsession du renouvellement, deux philosophes chez LR et au PS, Bellamy / Glucksmann. Manon Aubry, ancienne d’Oxfam chez Les Insoumis. Crise de jeunisme au RN avec Jordan Bardella. « Le dégagisme est passé de mode », disent au contraire les stratèges d’En Marche… Dans ce monde instable, il y a une prime à l’expérience. 

Et c’est aussi la semaine prochaine, mercredi, qu’Ismaël Emelien, bientôt ex-conseiller spécial du Président, publiera son mode d’emploi du macronisme : « Le progrès ne tombe pas du ciel », titre du livre. 

Pour durer, le nouveau monde a besoin de fondations et... de quelques rides !

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