J-7 : l'entrée en campagne municipale du Président. J+7 : le non Grenelle du RN

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c'est l’entrée en campagne, municipale, d’Emmanuel Macron.

Maires, je vous aime. Maires j’ai aussi besoin de vous.

Certains d'entre vous se revendiqueront d'étiquettes partisanes, d'autres non (...). Je crois, sur ce sujet, qu'il faut laisser une totale liberté et n'enfermer les maires dans aucun clivage. Ce qui compte, c'est l'engagement. Que la République des maires vive (...). " (Emmanuel Macron, au congrès des maires de France, le 19 novembre 2019)

Le Président devant l’AMF, mardi, Porte de Versailles à Paris… Véritable coup d’envoi de la campagne. Entre le congrès, les décorations, l’invitation à l’Elysée, et maintenant ces deux journées passées à Amiens, sa ville, là où tout a commencé pour En Marche le 6 avril 2016. Le Président n’est pas conseiller municipal, il n'a jamais été confronté au suffrage local, mais il se sent « maire de la commune France ». Au-dessus des partis, fonction oblige. Elysée / mairie, même combat : il faut « rassembler et unir », les élections locales, dit-il en substance, ne s’embarrassent pas d’étiquettes !

Désintéressé, vraiment, Emmanuel Macron ? Bien sûr que non ! C’est un appel du pied pour convaincre les derniers candidats indécis qu’ils peuvent se lancer sans crainte sous la bannière « majorité présidentielle ». D'ailleurs, quand il parle de « République des Maires », c’est justement le nom que le maire d’Angers, ex-LR, Christophe Béchu, a donné à son association, qui rassemble des candidats, de droite et du centre, qui ont pris leur distance avec les appareils partisans. 

Car la réflexion stratégique évolue au sein d’En Marche : en coulisses, on considère que la REM, dans sa V1, a vécu. Machine nécessaire pour conquérir le pouvoir, mais déjà grippée, trop étriquée. L’heure serait au dépassement, une V2, pour faire émerger un immense pôle démocrate pour 2022, dans lequel d’autres formations alliées pourraient se sentir à l’aise. 

Avantage à court terme : facialement, ça limite la casse aux municipales. Comment parler d’un échec, puisque les marcheurs s’arrangent ici et là pour être en soutien de maires sortants qui seront sans doute réélus. La fin des étiquettes, c’est pratique. On joue "placés" plutôt que "gagnants", comme à Amiens d'ailleurs où le marcheur Macron se range derrière l'UDI. 

Intérêt à long terme : l’émergence d’un vivier hybride d’élus (objectif 10.000) qui feront vivre concrètement, dans les mairies, cet élargissement voulu pour 2022. Tel est le plan d’Emmanuel Macron, davantage subi que voulu, obligé de s'arranger avec l’ancien monde pour sauver le nouveau, le sien, faute de ressources humaines suffisantes.

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent… 

Grenelle contre les violences conjugales : les mesures seront dévoilées lundi.

Je ne sais pas ce que ça recouvre, le féminisme. Ce que je vois, c'est qu'un certain nombre de droits des femmes sont en train de reculer, notamment sous la pression du fondamentalisme islamiste." (Marine Le Pen, sur BFMTV, le 16 octobre 2016)

Marine Le Pen, candidate à l’époque, aujourd'hui première opposante revendiquée à Emmanuel Macron… Mais que dit-elle, que dit son parti, le RN, sur le sujet ? Rien ou presque rien. Dans la liste des livres blancs qu’elle prépare pour 2022, on ne trouve pas trace du sujet. Rares, très rares réactions. Sauf pour dénoncer une énième opération de « com’ » du gouvernement. 

A l’Assemblée, les quelques députés RN ont tous voté, mi-octobre, pour la loi sur les violences au sein de la famille. Mais sans rien apporter au débat. Passifs, contrairement aux Républicains et au député du Lot Aurélien Pradié. L’an dernier, ils ont déserté l’hémicycle (et au Sénat, et à l’Assemblée), le jour de l’adoption de la loi sur les violences sexuelles et sexistes. 

Et je ne citerai pas ici la longue liste, en 2018 et début 2019, des votes RN au Parlement européen, contre de nombreux textes qui cherchent à promouvoir l’égalité femmes / hommes. Abstention, aussi, sur la lutte contre le harcèlement sexuel au travail. 

En 2017, dans le programme présidentiel de Marine Le Pen, on ne trouve qu’une seule proposition sur 144, qui s'intéresse aux droits des femmes. En réalité, les féminicides, quand Marine Le Pen en parle, c’est pour dévier sur l’immigration. « La carte de France des violences conjugales n’est pas sans lien avec celle d’une immigration non assimilée », écrit l’eurodéputé RN Annika Bruna début septembre. 

Pas de chance ! Car les faits sont têtus : la grande majorité des personnes condamnées pour violences sexuelles et sexistes sont de nationalité française. Et pour ne rien arranger, l’un des piliers du RN, l’intellectuel et eurodéputé Hervé Juvin, se retrouve dans la tourmente : la semaine dernière, son épouse a déposé plainte contre lui pour violences conjugales répétées… Une enquête judiciaire est ouverte. De quoi brouiller encore un peu plus le message "féministe" de Marine Le Pen. 

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