J-7 : le réveil du Parlement. J+7 : après le 11 mai, la classe moyenne à l'épreuve du choc économique.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est le réveil du Parlement.

Oui, des députés, qui eux aussi, ont hâte de se déconfiner.

Je crois aussi que le Parlement peut travailler différemment, on voit que le Bundestag se réunit au complet (...), on ne peut pas voter des milliards sans que le Parlement soit associé dans les meilleures conditions" (Christian Jacob, député et président des Républicains, le 20 avril 2020, sur France Inter)

Christian Jacob, lui-même guéri du Covid-19, et nostalgique des grandes heures du Palais Bourbon… Palais "bourdon" ! Déprime du député prostré derrière son écran, en visio ou audioconférence. Eric Coquerel dans sa voiture hier pour auditionner J. Salomon ! Complainte du parlementaire « godillot devenu encore plus inutile », comme me l’a confié un marcheur pourtant très en vue.

Dans le déconfinement à venir, le « couple maire-préfet » sera essentiel, disait dimanche Edouard Philippe. Mais quelle place pour le député ? Cette soif d’exister et de peser s’est traduite cette semaine par un tir groupé des oppositions pour réclamer un vote, mardi prochain, sur le traçage numérique… Mais un vote sur des principes puisqu’il n’y a même pas de texte de loi en l’état. 

La semaine prochaine, l’hémicycle sera mieux garni, on monte à 75 places … L’impératif étant de rester sous la barre des 100, consigne de l’ARS. Le Palais Bourbon ne fait rien sans son accord. 

Cette impatience à retrouver un fonctionnement institutionnel normal se lit aussi dans la lettre adressée mardi au président de l’Assemblée par 35 députés LR. « Les procédures sont dégradées », écrivent les élus, la défense des amendements vire au casse-tête…

Réponse du perchoir, que nous nous sommes procurée : « J’entends que vous souhaitiez que l’Hémicycle soit accessible à tous », mais, poursuit Richard Ferrand, « s’il est un lieu de la République qui se doit d’en respecter les règles, c’est bien le cœur de la démocratie. » Autrement dit : patience ! La maison du peuple ne peut pas (pas encore) s’affranchir des restrictions imposées au peuple.

Allez, Yael, on se projette sur les jours qui viennent ?

Déconfinement, bientôt le dénouement… 

Ce ne sera pas exactement la vie d'avant le confinement, pas tout de suite. Mais comme nous avons réussi le confinement ensemble, nous allons réussir ensemble le déconfinement" (Edouard Philippe, lors de sa conférence de presse du 19 avril 2020)

Oui, "ensemble", mais comment ? C’est le scoop le plus recherché de Paris. Fuites parcellaires, lobbying intense et intox… Seul le prononcé fera foi, première mouture mardi avec Jean Castex.

Mais dans quel état psychologique sera le pays au moment des annonces ? Où en sera l’opinion ? La photo est encore floue, ça bouge encore. Mais depuis la mi-mars, le Cevipof sonde chaque semaine 2.000 personnes, et ce qu’il en ressort, c’est que le confinement n’efface pas les ruptures d’avant. 

On glause sur les variations de défiance à l’égard de l’exécutif sur sa gestion de crise. Mais le véritable enjeu, ce sera la grande classe moyenne. Justice sociale, fiscale, services publics… Et si la crise des gilets jaunes n’était toujours pas soldée. Le confinement a agi comme une parenthèse anesthésiante. Quels seront les dégâts quand on soulèvera le couvercle ? Quelques vapeurs ou l’explosion de la cocotte-minute ? 

Emmanuel Macron est tout entier focalisé sur la relance économique. Sera-t-il regardé comme celui pouvant incarner un nouveau pacte social ? Les clivages d’avant pourraient s’aggraver après, chez les ouvriers, chômeurs, indépendants. L’Europe, constate le Cevipof, ne suscite même plus de rejet, juste de l’indifférence. Et quand le gouvernement botte en touche sur les impôts et le temps de travail, personne n’est dupe. Il y aura des lendemains qui déchantent. 

Emmanuel Macron veut se réinventer, pour cela il faut aussi se relégitimer. Comment ? Quelle nuance de choc, énième remaniement placebo ? La température du 1er Mai sera un indicateur. 1er mai 2020 : fête du télétravail et du chômage partiel, encore une fracture.

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