J-7 : les européennes, "voeu de verité" versus infox / J+7 : fumée blanche pour Bellamy chez les LR

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est une campagne des européennes qui démarre sur de mauvaises bases…

Et pourtant, le Président avait formulé ce vœu le 31 décembre.

Le voeu de vérité, c'est aussi celui qui doit nous conduire à mieux nous protéger des fausses informations (...). On peut débattre de tout, mais débattre du faux peut nous égarer." (Emmanuel Macron, le 31 décembre 2018, dans ses voeux à la télé).

Trois semaines plus tard, la tête de liste RN, dit ceci, au micro d’Inter, interrogé par Léa Salamé sur les propos de Marine Le Pen, pour qui le chef de l’Etat commet un « acte de trahison » en signant « en catimini », le traité franco-allemand, conduisant à la « mise sous tutelle de l’Alsace », au « partage de notre arme nucléaire et de notre siège au Conseil de sécurité »...

On a le droit de s'interroger, d'avoir un avis, qui diverge des journalistes et des éléments de langage du gouvernement" (Jordan Bardella, tête de liste RN pour les européennes, sur France Inter, le mardi 22 janvier 2019).

Echange vif avec Léa Salamé, quand Jordan Bardella déroule ses contre-vérités sur le traité franco-allemand d’Aix La Chapelle. « On a bien le droit d’avoir une opinion… » Les adversaires de Marine Le Pen sont prévenus : bienvenue dans l’ère de la post-vérité et des faits alternatifs. Le temps des partis politiques, comme avant-garde éclairée de la société, est révolu ! 

Et la loi anti-infox (anti fake-news) votée par l’Assemblée, me direz-vous ? Elle ne s’appliquera qu’en fin de campagne, dans le moment dit « officiel ». D’ici là, préparez-vous au match permanent « décodeur contre déconomètre ». 

Au RN, mais aussi chez Nicolas Dupont-Aignan, on assume cette stratégie du « on vous cache quelque chose »… Quand les sujets sont complexes, lointains, techniques, donc facilement suspects. Mulder Aignan et Scully Le Pen, la politique version X-Files. 

Le grand débat a au moins ce mérite : rappeler des fondamentaux, le temps d’une discussion apaisée. Des députés me disent qu’en ce moment, ils se sentent mille fois plus utiles dans les salles des fêtes et les gymnases, plutôt qu’au Parlement. Tellement ce besoin d’éducation civique est devenu urgent. Et si ça doit passer aussi par d’autres prime-time chez Hanouna ou ailleurs, tant mieux !

Allez Yaël, on se projette sur la météo à 7 jours...

Fumée blanche, mardi, au siège des Républicains. Sauf surprise, François-Xavier Bellamy mènera la liste pour les européennes… Même si dans sa famille, il n’a pas que des amis.

Il faut retrouver l'état d'esprit de l'UMP (...). Attention à ne pas transformer les Républicains en un petit conservateur." (Eric Woerth, sur Public Sénat, le 22 janvier 2019)

Le « petit parti conservateur », référence à Sens Commun, ce mouvement né de la Manif pour tous… Que Laurent Wauquiez était allé draguer, mi-novembre, en comparant la PMA pour toutes à l’eugénisme nazi. 

Sens Commun, soyons précis, François-Xavier Bellamy n’y a jamais adhéré, mais il a participé à sa création. Et puis il n’a jamais caché ses opinions anti-IVG, anti-mariage gay, Bellamy a plusieurs fois participé aux marches pour la vie. 

C’est là que Laurent Wauquiez prend un gros risque, celui de ramener en arrière son mouvement, sur des débats de société qu’on croyait purger. Or, chez les Gilets jaunes, et les Français en général, on parle pouvoir d’achat, emploi, fiscalité… Et pas du sexe des anges. Bellamy candidat anachronique ? A La République en Marche et au RN, on se frotte déjà les mains : les LR s’enferment dans le sociétal, quand la priorité est sociale. 

Certains, chez Les LR, ont suggéré d’autres options à Wauquiez, une droite de l’ordre, une liste tirée par l’ex super-flic Frédéric Péchenard ou l’ex super-gendarme du GIGN Denis Favier… Le chef a cheffé et privilégié un super philosophe, qui n’a pas encore fait ses preuves en politique, Bellamy a même été battu, en 2017, aux législatives, par un marcheur, dans une circonscription jugée imperdable pour la droite. 

Wauquiez fait le pari du renouvellement et des idées, la défense des valeurs d’une Europe chrétienne dans un monde devenu dangereux… Un pari à deux chiffres : si les LR terminent sous les 12%, Wauquiez pourra relire l’un des succès de librairie de Bellamy : « Les déshérités ou l’urgence de transmettre »… L’urgence, si ça se passe mal, de passer le relais à un autre candidat pour la droite en 2022.

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