J-7 : les maires, eux aussi en première ligne. J+7 : quel contrôle du législatif sur l'exécutif ?

Un autre contingent est pleinement engagé dans la guerre contre le coronavirus : les maires.
Un autre contingent est pleinement engagé dans la guerre contre le coronavirus : les maires. © Getty / Pascal Deloche / Godong

Un autre contingent est pleinement engagé dans la guerre contre le coronavirus : l’armée des maires.

Parce qu'encore une fois, ce sont les maires qui sont les mieux à même de juger, si dans tel petit village on est capable d'organiser un petit marché qui va respecter des règles" (Edouard Philippe, lundi soir, sur TF1)

Oubliés les tracts et cette étrange campagne municipale, ils sont eux aussi confinés, mais le plus souvent 24 heures sur 24 dans leurs mairies. Le gouvernement prend des ordonnances, les députés votent l'état d'urgence sanitaire, mais concrètement, c’est eux qui font le boulot. 

La mairie, "service public universel", comme le dit l’association des maires de France, qui n’a sans doute jamais été autant sollicitée par les élus. François Baroin, le président de l’AMF, passe ses journées en visioconférence. 

Pour bien prendre la mesure de leur rôle essentiel en ce moment, voilà la liste, non exhaustive, de tout ce qu’ils font : 

  • répertorier les personnes fragiles et faire livrer des repas à leur domicile, 
  • pouvoir de police municipale et de couvre-feu si nécessaire, 
  • l’école pour les enfants des soignants
  • les cimetières (les concessions, autorisations d’inhumation et de fermetures de cercueil), compétences des maires là aussi. 
  • Et le système D ! A La Riche près de Tours, Wilfried Schwartz, a fouillé dans une annexe de sa mairie, et il a trouvé 10 000 masques, un stock de précaution datant de 2015. Pêche miraculeuse reversée aux soignants. 

Le maire, référent en temps de crise. Y compris quand c’est un sortant battu au premier tour. Comme l’élection des conseils municipaux n’a pas pu se tenir, les équipes en place rempilent. Et c’est tant mieux, car elles ont déjà de l’expérience. 

La campagne, soudain dérisoire. Congelée pour longtemps. Comme à Lyon, où les frères ennemis Collomb et Kimelfeld retravaillent de concert. La crise adoucit les mœurs, la musique aussi ! Jean-Jacques Goldman dans les rues de Reims, hier, chanson du soir dans les hauts-parleurs. Comme tous les jours depuis le confinement, le maire, Arnaud Robinet, diffuse à ses administrés une playlist "feel good". Sondage Odoxa du jour : ils ne changent peut-être pas la vie, mais 69% des Français font confiance à leurs maires dans la crise. 

Projection dans les jours qui viennent ?

Des ordonnances par dizaines, un Président chef de guerre… Si Montesquieu savait ça ! 

"C'est le rôle du Parlement d'être dans le contrôle, et bien entendu il nous faudra tirer des leçons de la crise que nous venons de vivre" (Gérard Larcher, président du Sénat, mercredi sur Inter)

En attendant, c’est le président Ferrand, à l’Assemblée, qui est à la manœuvre. Une mission d’information a été lancée, dont on connaîtra les modalités mardi prochain. Mission d’information sur la gestion de l’épidémie

Puisque le législatif donne des pouvoirs exceptionnels à l’exécutif, il faut que cet exécutif soit étroitement surveillé par le législatif. C’est la logique des institutions, mais avec quel niveau de contrôle ? C’est tout le débat qui agitera la semaine prochaine, nos députés, confinés à 95%. 

Car une mission d’information n’a théoriquement pas les prérogatives d’une commission d’enquête. Pas d’audition sous serment, pas de transmission au parquet s’il le faut, pas d’enquête sur pièces et sur place. 

Ce qui fait dire à certains que Richard Ferrand, bras droit d’Emmanuel Macron, a voulu couper l’herbe sous le pied des oppositions en préemptant le sujet. C'est la polémique qui monte. Il s’en défend. Et puis soyons réalistes : imagine-t-on des ministres en pleine gestion de crise, répondre aux convocations de députés ? Un remake de la commission Benalla version Corona ? Evidemment non ! Il faudra attendre… Délai de décence. 

Les Républicains ont épuisé leur droit de tirage (un par session parlementaire), c’est pour ça qu’ils ne pourront pas lancer de commission avant l’automne. Les socialistes, eux, peuvent encore le faire avant l’été, mais rien n’est tranché. Il n’y a pas si longtemps, eux-mêmes étaient dans la situation inverse, au pouvoir, à relayer l’appel à l’union sacrée de François Hollande et à justifier l’état d’urgence face au terrorisme.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.