J-7 : la droite anesthésiée par sa nostalgie. J+7 : le Modem pas soluble chez les Démocrates.

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est l’horloge de la droite qui s’est arrêtée…

Etudier les LR, ce n’est plus de la science politique, c’est de l’archéologie !

Je vais vous donner un scoop, moi je vais vous dire de quoi il parle dans son livre, il parle de lui ! C'est le sujet qui l'intéresse, et il en parle fort bien d'ailleurs ! Il est habité par la passion de faire échouer tous ceux qui lui ont succédé : il a dézingué Copé, il a dézingué Fillon, ensuite il dézingué Wauquiez ! Et la campagne Bellamy, formidable ! Pas un mot en faveur de Bellamy... En revanche il est allé faire campagne avec Macron sur le plateau des Glières" (Patrick Buisson, sur BFMTV, le 23 juin 2019)

Patrick Buisson, particulièrement acide sur Nicolas Sarkozy et son livre... Sarkomania, Sarkostalgie, ou l’art répété du come-back, mêmes ficelles qu’en 2016 pour "marketer" la sortie en librairie, même plan médias, et vraie / fausse surprise pour créer l’événement. 

Mais pour dire quoi ? Ce ne sont pas des Mémoires, c’est la passion politique selon Saint Nicolas… Les « j’aime, j’aime pas », les bons et mauvais points décernés aux mentors qui ont jalonné son parcours. 

Nous voilà replongé à Nice, en 1975, quand Jacques Chirac découvre le jeune Sarko, qui découvre l'ivresse de la tribune. 1975… Au moins, on progresse ! Parce que la semaine dernière, on était bloqué en 1969 : Pompidoumania, jusqu’à l’Elysée. 

Puis Christian Jacob est entré en piste, pour succéder à Wauquiez… Première interview, et là encore, retour vers le futur ! Son modèle s’appelle Jacques Chirac, lui qui avait su "rassembler Juppé, Séguin et Pasqua". 

Quel culte du passé ! Celui d’une droite que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître ! Avec ce même spleen qui a déjà contaminé la gauche. A ceci près que François Hollande, maillot jaune du tour de France des revenants en librairie, n’a plus d’inventaire à faire. Il s’en est chargé, et le PS avec. Alors qu’avec Nicolas Sarkozy, il faudra encore attendre un nouveau tome ! 

Hollande et Sarkozy, alliés indirects d’Emmanuel Macron… Plus ils écrivent, plus ils saturent l’espace et plus leurs héritiers ont du mal à reconstruire, dans l’ombre de cette tutelle encombrante. Et si en plus, comme c’est le cas dans son livre, Sarko l’Ancien en profite pour complimenter Macron le Jeune, alors En Marche peut se dire que son entreprise de substitution à la droite et de captation d’héritage est décidément en bonne voie.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

Juillet, le mois des investitures pour les municipales. 

Je me félicite que beaucoup considèrent aujourd'hui que le clivage se faire entre (...) des démocrates et des nationalistes." (Emmanuel Macron, à Marseille, le 24 juin 2019)

Vous avez bien entendu le Président ? Il parle de « Démocrates » pour qualifier son camp. Comme ce grand parti démocrate américain, rêve de formation unique que caressent certains stratèges de la macronnie : confédérer tous ceux qui ont fait liste commune avec lui aux européennes. 

Démocrates comme Modem, le Mouvement démocrate de François Bayrou, deuxième pilier de la majorité. Soluble dans le premier ? Certainement pas. L’acte 2 est enclenché, et tout n’est pas stéréo dans la majorité. 

Sur l’assurance chômage, le Modem s’inquiète pour les plus précaires et pour les cadres, victimes de la réforme. La PMA pour toutes ? D’accord, mais quid de la politique familiale ? Le Modem lance une mission d’information sur le sujet à l’Assemblée. L’écologie ? D’accord, mais le Modem redoute le réflexe punitif… Exemple avec la loi énergie – climat. Le groupe à l’Assemblée a pesé dans l’arbitrage final pour que les petits propriétaires de logements mal isolés soient sanctionnés le moins possible. 

Et puis les municipales ! Le Modem a eu une vie avant La REM : dans 3/4 des villes où il gouverne, c’est avec la droite LR. La REM accélère sur ses investitures, impatiente de ne pas rater le coche (comme à Bordeaux), le Modem temporise et veut trancher à tête reposée, après les vacances. 

Ajoutez à cela l’inimitié persistante entre François Bayrou et Edouard Philippe… Et voilà le résultat : à ceux qui évoquent « la possibilité d’une île », une seule île démocrate, le Modem répond par la certitude d’un archipel, où personne n’abandonne ses eaux territoriales.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.