J-7 : le grand paradoxe, l'extrême prudence de l'exécutif sur sa promesse de campagne. J+7 : les 60 ans de la Constitution, Emmanuel Macron met en scène sa filiation gaulliste.

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est la grande prudence de l’exécutif sur la PMA pour toutes. 

Malgré l’avis favorable rendu, mardi, par le comité national consultatif d’éthique. Le mot de la semaine, c’est : « A-pai-se-ment ».

Je suis, à titre personnel, mais le "à titre personnel" n'est pas essentiel, plutôt favorable, et... Et je crois qu'on peut y aller, me semble-t-il, on peut y aller." (Edouard Philippe, jeudi 27 septembre, France 2)

Comme si le gouvernement voulait s’excuser de ce qu’il veut, de ce qu’il va faire, curieuse façon d’assumer. A l’Elysée, les conseillers vous disent que le « processus de réflexion n’est pas encore achevé », qu’il faut « prêter l’oreille à ceux qui sont contre », que « le calendrier parlementaire n’est pas encore arrêté »… Traumatisme Taubira sur le mariage pour tous : le Président ne souhaite pas revivre ce cauchemar vécu de l’intérieur au côté de François Hollande, quand il était secrétaire général adjoint de l’Elysée.

Et pourtant, cette PMA pour toutes, elle était dans son programme ! Emmanuel Macron ne prend personne par surprise. Il y a eu cinq mois de débats devant le comité d’éthique… deux grands dîners à l’Elysée sur le sujet. Quant aux sondages ? Ils montrent que la société française est prête. 

Et le Président ? Prêt, lui aussi, mais pas pressé. Comme sur d’autres sujets de société : la réorganisation de l’islam de France par exemple… On en est encore au stade des rapports ! Il devait rendre sa copie au printemps dernier, puis à l’automne, maintenant on nous dit « premier trimestre 2019 ». Une lenteur sur les sujets sociétaux qui contraste avec son blitzkrieg sur les réformes économiques. 

Apaiser, c’est louable, mais à un moment donné, et c’est un mot cher à Emmanuel Macron, il faut « prendre son risque », quitte à déplaire. IVG, abolition de la peine de mort, mariage pour tous… Veil, Badinter, Taubira : toutes ces batailles ont été gagnées dans le conflit, dans la douleur, parce qu’il y a des conquêtes qui ne sont jamais consensuelles au moment où on les vote. 

Qu’Emmanuel Macron veuille apaiser le débat par respect pour les enfants nés de PMA, pour les couples homos qui redoutent d’être à nouveau stigmatisés, dont acte, mais si c’est pour rassurer les militants de la manif pour tous, il perd son temps. 

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...

Un anniversaire… 60 ans, déjà.

Au-dessus des querelles politiques, qu'il existe un arbitre national, élu (...). Voilà en quoi consiste la Constitution" (Charles de Gaulle, place de la République, 4 septembre 1958)

De Gaulle, 4 septembre 1958. Un mois plus tard, après le référendum, naissait officiellement la Cinquième République… Emmanuel Macron dans les pas du général… Pour la première fois, il passera la matinée à Colombey-les-deux-Eglises, jeudi prochain. Plus qu’une carte postale, la volonté de s’inscrire dans une filiation. C’est tellement vrai que les armoiries de l’Elysée ont été modifiées : avec une petite loupe, vous verrez qu’une croix de Lorraine a fait son apparition.

De Gaulle, source d’inspiration permanente : regardez La République en Marche, qui ne se veut ni de droite ni de gauche, au-dessus des clivages partisans, et puis l’attachement d’Emmanuel Macron à la Vème République, dont il a parfaitement intégré les codes présidentiels. De Gaulle, fil rouge du quinquennat, puisqu’on célébrera aussi, en 2020, à la fois les 50 ans de la mort du Général, et les 80 ans de l’appel du 18-Juin. 

Mais De Gaulle, lui, n’a pas fait qu’initier un nouveau régime, il l’a aussi changé ! Avec le suffrage universel, direct, pour élire le Président, référendum de 1962… Emmanuel Macron, lui aussi, voudrait la faire évoluer, la moderniser, cette Constitution. Mais Benalla est passé par là et a refermé, provisoirement, la fenêtre de tir pour l’examen de son projet de loi de révision constitution au Parlement… Provisoirement, parce que l’Elysée table sur un retour du texte à la fin de l’année ou début 2019. Problème, plus il attend, et plus ce sera difficile à faire passer : un grand classique ! Plus on s’approche d’une élection (les européennes en mai), et plus l’opposition s’oppose. 

Alors, soyons gaulliste, un référendum ? Début mars, l’option était sur la table… Depuis, silence radio. En 1969, c’est sur un référendum raté que De Gaulle avait tiré sa révérence. Et ce n’est pas ce gaullisme-là, nettement moins flamboyant, qu’Emmanuel Macron entend célébrer en 2018. 

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