J - 7 : le ciel s'obscurcit en Macronnie / J + 2 : Simone Veil entre au Panthéon, acte universel et en même temps... politique

La semaine politique ! Avec vous, Yael Goosz, chef du service politique. On regarde dans le rétro et on se projette... Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est le ciel qui s’obscurcit en Macronnie…  

Chute, plongeon, toboggan… Appelez ça comme vous voulez ! Dans les sondages (Ifop et Odoxa), Emmanuel Macron aborde l’été à la limite de la cote d’alerte .

Méprisant, méprisant de la République, où le fric a des reflets d'argent (...) » 

Je vous vois sourire, Nicolas… ça ne sera pas le tube de l'été. Reprise parodique de Bashung, signée du Parti communiste : « Méprisant de La République » (et non "résident"). La petite musique est là, et elle monte, celle de l’impopularité.  

Il y a d’abord l’accessoire, ces petits « trucs » insignifiants pour le Président, mais qui font mouche dans l’opinion : Falcon, vaisselle neuve et piscine hors-sol à Bregançon. Plus structurante : l’opposition aux 80 km/h, la limitation entre en vigueur dimanche. Les élus les plus démagos s'en gargarisent, il n'y aurait plus qu'à se baisser pour ramasser les voix des électeurs furieux. 

Il y a aussi la conjoncture : toute la politique d’Emmanuel Macron repose sur des hypothèses de croissance optimistes, auxquelles la cour des comptes ne croit pas. Si les recettes manquent, comment faire ? Alors que le futur prélèvement à la source suscite déjà des angoisses. 

Et puis il y a les ratés de sa communication : une politique migratoire illisible (on accueille, mais en tapant sur les ONG) et des ministres abonnés aux couacs dès qu'il s'agit de parler retraites ou aides sociales. Sans parler des vieux "mâles blancs" humiliés qui se réveillent, comme Jean-Louis Borloo…  Ou Philippe de Villiers, qui n'a pas supporté de voir l'Elysée transformer en boîte de nuit le soir de la fête de la musique.

Inlassablement depuis six mois, les ministres vous répètent en off qu’il y a un problème d’explication du macronnisme. "Nous sommes dans un laps d'incertitude", reconnaît Daniel Cohn-Bendit. Session de rattrapage le 9 juillet, Emmanuel Macron revient à Versailles devant le congrès.  

Allez, Yael, on se projette sur la suite, météo politique à 7 jours...  

A 2 jours, pour une fois, Nicolas… Parce que dimanche, Simone Veil entre au Panthéon : 

Vous avez, Madame, prodiguer à notre vieille Nation des dons qui l'ont faite plus belle et meilleure" (Emmanuel Macron lors de l'hommage national aux Invalides, le 5 juillet 2017)

Dis-moi qui tu panthéonises, je te dirai quel Président tu es ! De Gaulle a fait entrer la Résistance (Jean Moulin), Mitterrand La Révolution et ses intellectuels (Condorcet, l'Abbé Grégoire…). A chaque cérémonie, celui qui préside, entre un peu, lui aussi, au Panthéon.  

Car le choix, même s’il est influencé par les historiens, les pétitions (pour Simone Veil ce fut un raz-de-marée !), reste le choix d'un Président. A l’origine, ce n’était pas le cas. Sous la Révolution, c’est l’Assemblée constituante qui votait pour désigner les « Grands hommes ».  

Et de tous les Présidents de la Vème République, Emmanuel Macron est le premier à convoquer une telle cérémonie, si tôt, durant son mandat. Dans un moment particulier, puisque l’actualité va résonner avec l’Histoire. Il y a un an, qui aurait imaginé qu’un ministre italien de l’Intérieur proposerait de recenser tous les Roms de son pays ? Qu’aurait dit Simone Veil ?  

Veil, "héroïne de tous les quadras entrés en politique", me confiait un responsable de La République en Marche.  Europe, féminisme, progrès… Un centre-droit éclairé. Un macronisme avant l’heure ? En tout cas « un passage de relais », ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’ex belle-fille de Simone Veil, Agnès Buzyn, ministre de la santé, comme elle, il y a 40 ans.  

Dimanche, Emmanuel Macron va poser un acte politique : l’universalité de Simone Veil, son humanisme puisé dans la souffrance des camps. Et les valeurs, pro-européennes, qui sont aussi celles d'un président jeune, entré dans l’Histoire « par effraction » : Emmanuel Macron a besoin, lui aussi, de construire son propre Panthéon, à travers des figures qui donnent sens à sa politique, surtout quand le récit devient flou.

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