J-7 : une semaine paradoxale, entre grands plans et petits mercatos. J+7 : la gauche rêve d'un grand chelem municipal

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette, et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est une accélération des particules…

Et le choc, entre Politique (« p » majuscule) et politique (« p » minuscule). 

C'est en France que le véhicule propre, qui équipera le monde et l'Europe dans les années à venir, s'inventera et se produira." (Emmanuel Macron, à Etaples, le 26 mai 2020)

[La présidentielle de 2022] pourrait m'intéresser (...), si ça pouvait aider [le] peuple" (Jean-Marie Bigard, sur BMFTV, le 27 mai 2020)

Jean-Marie Bigard, pré-candidat sur BFM, et juste avant lui, Emmanuel Macron qui annonce, mardi, un plan d’aide massif au secteur automobile. C'est le paradoxe de la semaine… Entre, d'un côté, grandes annonces, grandes dépenses aussi, plan pour l’hôpital (les suites du Segur), relance européenne, et de l’autre, la reprise, anarchique et accélérée, du mercato politique. Gouverner en temps de Covid était déjà une épreuve, gouverner après le Covid s’annonce plus rude encore ! Plus Emmanuel Macron prêche pour un moment gaullien, de dépassement dans la crise, et plus les électrons libres se déchaînent. 

Et là je ne vous parle pas des ventriloques du Président, Bigard ou De Villiers, mais des propres troupes d’Emmanuel Macron. Car pendant que l’Etat tente de sauver Renault ou Air France, la majorité accouche d’un dixième mini groupe parlementaire. Ambiance 4ème République dans la 5ème. Et c'est reparti pour la course des petits chevaux : un ministre, réélu maire à Tourcoing, impose son cumul, Gérald Darmanin est en campagne (comme d’autres) pour un grand portefeuille. Citons aussi le retour à l’insu de son plein gré d’Agnès Buzyn à Paris, le sauve-qui-peut à droite du Lyonnais Gérard Collomb. Et puis les idées en pagaille et en bataille au sein d’En Marche : faut-il taxer ou non les plus riches ? Amorce de courants comme aux grandes heures du PS. 

L’horloger de l’Elysée projette sa propre relance entre les municipales et le 14-Juillet. Conséquence : les montres de tous ceux qui veulent peser, avant qu’il ne soit trop tard, s’affolent… Effet pervers : ce sont les marcheurs eux-mêmes, par leur agitation, qui masquent l’ampleur des inflexions présidentielles : ce « quoiqu’il en coûte » sans commune mesure avec ce qu'il avait débloqué pour les gilets jaunes. 

Question brûlante : Emmanuel Macron, l’homme du dépassement, est-il déjà dépassé par ses propres marcheurs ? 

Allez Yael, on se projette sur les jours qui viennent… 

Municipales, les fusions de la Pentecôte : mardi soir il sera trop tard. Et après, pourquoi pas un grand chelem Paris / Lyon / Marseille, à gauche ?

Nous aurons peut-être l'occasion de poser les fondations de la ville écologique, et nous allons avoir besoin de toutes et de tous !" (Grégory Doucet, candidat écologiste à Lyon, le 15 mars 2020)

Grégory Doucet, l’écologiste lyonnais arrivé en tête le 15 mars. Comme Michèle Rubirola, à Marseille, et Anne Hidalgo à Paris… Trois villes (les trois plus grandes) qui n’ont encore jamais été à gauche en même temps. Or, pour la première fois, la bascule est possible. Et forcément, cela sonne, pour EELV, PS et PCF, comme une répétition générale avant 2022. 

Avec deux pulsions contradictoires : revendiquer le leadership à gauche (déjà vu) ou bien (et c’est nouveau mais terriblement plus exigeant) jouer collectif. On ne compte plus, depuis lundi, les visioconférences entre le vert Julien Bayou et le rose Olivier Faure. Fusion sans confusion, fusion sous conditions. Moment critique. Jeu de dupes ou vrai partage. 

Côté vert, on revendique la proportionnalité des places et des projets en fonction du poids de chacun au premier tour. Côté rose, on défend le nouveau "paradigme social-écologique", mais quand on rentre dans la cuisine, ça se complique. Il est plus facile de communier sur le papier en signant des tribunes, que de marier ses propres listes. Mais s’ils y parviennent sans trop de casse d’ici à mardi, alors cela fera date, pour 2021 (les règles du jeu seront claires pour les élections départementales et régionales), ultime échauffement avant 2022.

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