J-7 : la droite cherche son écologie. J+7 : les députés se mettent au grand débat.

La semaine politique, avec vous Yaël GOOSZ, chef du service politique de France Inter. On regarde dans le rétroviseur et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yaël, c’est la couleur des européennes…

Du vert partout, ou presque, sur les listes.

Personne ne peut avoir le monopole de l'écologie, et aujourd'hui, très clairement, plusieurs listes - et c'est tant mieux, tant mieux ! -, portent des projets écologistes" (Pascal Canfin, 2ème sur la liste Renaissance, le 27 mars 2019, sur France Inter). 

Même le RN de Marine Le Pen se verdit, partisan du « localisme », sous l’influence de l’intellectuel Hervé Juvin, 5ème sur la liste. 

Mais à droite, où est passée l’écologie ? Fin août 2018, lorsqu’il fait sa rentrée, depuis le sommet du Mont Mezenc, Laurent Wauquiez surprend : il lance le chantier d’une « écologie de droite », incitative et non punitive. Les LR promettent alors une grande convention sur l’environnement… pour 2019. On l’attend toujours. 

Dans leur projet pour les européennes, on trouve 5 petites propositions, 5 sur 75, qui arrivent loin derrière les chapitres immigration, terrorisme et identité culturelle. 

« On était en avance, avec le Grenelle, il y a 10 ans, aujourd'hui on se retrouve à la traîne », regrettent les rares écolos de Vaugirard. Dans le logiciel LR, persiste cette dualité, cette crispation, entre économie et écologie… Où sont passés les Borloo, les NKM ? Quand il a fallu voter la sortie du glyphosate, un seul député LR a voté pour. 

C’est comme si la droite avait mis pause sur le sujet, depuis la crise des Gilets jaunes. Une droite tétanisée par la taxe carbone, pourtant directement issue des années Sarkozy et du Grenelle de l'environnement. 

En petit comité, François-Xavier Bellamy confie être passionné par le sujet, mais ça ne se voit pas… L’électorat LR vieillit. En 2010, l’UMP chantait son lib dub « tous ceux qui veulent changer le monde ». En 2019 le risque est grand d’une coupure générationnelle, d'un grand malentendu avec les nouveaux combats des 15/35 ans.

Allez, Yaël, on se projette sur les jours qui viennent...

Après le grand débat des intellos, celui des enfants hier, le grand débat au Parlement mardi et mercredi prochain.

Lorsque chacun, dans son territoire, aura pu prendre la mesure de ce qui vient, un grand débat sera organisé, à l'Assemblée nationale". (Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, le 27 janvier 2019, sur LCI)

Jusqu’à maintenant, on a surtout vu le dialogue direct du Président avec les Français, avec les maires… Et l’Assemblée s'est un peu retrouvée sur la touche, car ce débat a été synonyme de pause dans les réformes. Moins de textes et moins de grain à moudre que l'an dernier, quand il fallait adopter les lois à la chaîne, week-end compris… 

Problème : comment s’emparer de la masse de contributions, alors que l'exécutif ne fera sa synthèse que le 8 avril ? A quoi bon redébattre quand tout le monde est suspendu aux conclusions du Président ? 

En attendant, Richard Ferrand s'est lancé dans un "hackaton", le week-end dernier… Le principe, c’est qu’on met ensemble des chercheurs, des codeurs, pour faire émerger de nouveaux outils numériques. Ils se sont plongés, au Palais Bourbon, dans le data massif des contributions, pour mettre au point des applis très concrètes, comme democratie.app : vous tapez un mot, "référendum, taxe carbone", et apparaît, département par département, la tendance (est-ce que le thème a été beaucoup abordé ?) et les sentiments associés, positifs ou négatifs... Radiographie territoriale du grand débat. 

Et les sénateurs dans tout ça ? Ils font l’impasse. « Nous sommes la démocratie représentative, et non participative », explique la droite sénatoriale, qui réserve sa réponse au 10 avril, quand Edouard Philippe viendra les voir pour la synthèse des contributions. 

Pas de grand débat au Palais du Luxembourg, mais la grande bouderie qui se poursuit entre les deux chambres… d’enfants.

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