J-7 : plus de questions que de réponses après le traumatisme abstentionniste de dimanche. J+7 : Marine Le Pen et son parti de moins en moins flamboyants à l'approche de 2022.

La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c'est la recherche des coupables...Mais qui a donc tué le vote ?   

Il ne sert à rien de gronder bêtement les citoyens (...), nous sommes les premiers responsables de ne pas leur avoir octroyé des modalités de vote modernes." (Patrick Mignola, chef des députés Modem, mardi à l'Assemblée)

C'est une élection, aux yeux des Français, sans enjeu majeur, dans un pays qui n'est pas en colère. (Brice Teinturier, directeur d'Ipsos, lundi sur France Inter)

Ça fait 5 jours que tout le monde cherche le ou les responsables de l'abstention. Et l'enquête patine. En réalité, l'entre-deux-tours aura surtout révélé deux écoles de pensée, sans qu’on sache vraiment qui a raison ou tort. Premier débat non tranché : de quoi l’abstention est-elle le nom ? Une paresse post-Covid, dans un pays qui va mieux et respire à pleins poumons l’air de l’été plutôt que celui de la campagne électorale ? Ou au contraire, une cocotte-minute masquée, un peuple tellement défiant qu’il en vient à considérer le vote comme inutile ? Insurrection en germe ? Ou flemme passagère avant la présidentielle ? Deuxième controverse : faut-il réformer le vote pour régénérer la participation ? Débat qu’on traîne depuis les municipales sous Covid de l’an dernier. Comment adapter la vie de la cité aux contraintes de la pandémie. Puisqu’on télétravaille et qu’on paye ses impôts en ligne, on doit bien pouvoir télévoter ? Une plateforme web pour Parcoursup mais l’éternel isoloir pour voter. "Parce que cet acte-là est d’une autre nature", rétorquent les puristes du ministère de l’Intérieur, qui freinent depuis un an toute réforme. Le secret de l'isoloir garantirait un choix éclairé et sans pression. Querelle des Anciens et des Modernes… Sans conclusion définitive : le « comment » je vote ne règle pas le « pourquoi et pour qui j’irais voter ».   Allez, Yael, on se projette sur les jours qui viennent ?  Régionales : tremplin ou chausse-trape pour le RN ? 

Je vais très certainement devoir reconstruire une dynamique, qui aurait été naturelle avec ces élections régionales, je le dis très honnêtement. (Marine Le Pen, mercredi, sur France Inter) 

Après avoir houspillé ses électeurs, voilà son mea culpa. Le RN est plus faible qu’elle ne l’avait imaginé. Et dimanche soir, ce sera à quitte ou double. Soit Thierry Mariani gagne seul contre tous en PACA, et cela efface presque le premier tour : une région et ça repart ! Soit le front républicain l’emporte, et le RN renoue avec la malédiction du plafond de verre. Deux scénarios et deux ambiances possibles au congrès du RN, la semaine prochaine à Perpignan, chez Louis Aliot (3 et 4 juillet).Dur de redescendre dans l’atmosphère. Les sondeurs les ont vus trop haut, et les candidats RN ne décolèrent pas contre ces météorologistes qui prédisaient un si beau soleil. Comme si tout le monde s’était auto-convaincu et intoxiqué dans une bulle ! "Depuis que le FN est devenu RN", explique un cadre, "depuis que Marine a purgé son débat de 2017 et accéléré sa normalisation", une légende s’est imposée dans le débat public : celle d’un RN à l’ascension irrésistible. Sauf que ça ne tient pas la route : en 2015, le parti fait 28% aux régionales, mais en 2017 Marine Le Pen tombe déjà à 21%. Aux municipales 2014 : 600 listes présentées, seulement 400 l’an dernier, et à l'arrivée, deux fois moins d'élus. 2019 et les européennes : le RN premier, mais 2 points plus bas qu'en 2014. Sur le temps long, les scores decrescendo de Marine Le Pen sont inversement proportionnels à sa force de frappe médiatique. Marine Le Pen est donnée à 28% au premier tour l’an prochain. Peut-être, mais ça n’est possible qu’à trois conditions : que les sondages ne l'aient pas surévaluée, qu’un Zemmour ne vienne pas mordiller ses mollets, que la droite LR n’ait pas de champion crédible… Or, pour le parti à la flamme, ces 3 feux là sont déjà orange clignotant.
 

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